Questions au gouvernement: «Dans la fosse aux lions, seul devant les députés, on se sent parfois tout petit»

POLITIQUE Alors que Claude Guéant a vécu sa première séance mardi, des anciens ministres racontent leur première expérience dans l’hémicycle pour 20minutes.fr...

Anne-Laëtitia Béraud
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Le nouveau ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, lors de sa première séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 1er mars 2011.
Le nouveau ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, lors de sa première séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 1er mars 2011. — Thierry Chesnot/SIPA/

Baptême du feu pour Claude Guéant, nouveau ministre de l’Intérieur, mardi à l’Assemblée nationale. L’ancien secrétaire général de la présidence de la République, visiblement intimidé, a semblé tour a tour ému et hésitant lors des questions au gouvernement. Cité dans un article du Parisien, le socialiste Alain Vidalies relevait que l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy «ne parlait qu’à la droite et tournait le dos à son interlocuteur PS»… Répondre pour la première fois aux parlementaires, l’exercice est difficile. 20minutes.fr donne la parole à ceux qui ont bravé l’épreuve.

La première question au gouvernement?

«Je ne m’en souviens plus... Ah si, c’était peut-être sur la pollution de l’air à Paris!», lance Corinne Lepage, ministre de l’Environnement de 1995 à 1997. Réponse de Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et à la Jeunesse de 2007 à mars 2010: «Aucun souvenir!». Un moment dont, au contraire, se «rappelle très bien» Marie-Noëlle Lienemann, ministre socialiste déléguée au Logement en 1992-1993. «C’était sur la crise de l’immobilier et la relance du logement. Je n’ai pas eu trop d’appréhension car je connaissais la question». «Un moment marquant», relève également Renaud Muselier, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères dans le gouvernement Raffarin, de 2002 à 2005. Prévenu lui aussi assez tôt de la question qu’on voulait lui poser, Renaud Muselier a pu s’y préparer. «Cela nécessite une préparation, car, en une phrase, le volcan peut s’embraser. Tous les mots pèsent», ajoute-t-il.

S’exprimer devant les députés, quelle impression?

«Ministre, on est face à l’arène. La proximité physique avec les parlementaires au départ étonne», remarque Renaud Muselier. «Quand on est sur les bancs avec les autres députés, on est en groupe, on fait masse, c’est bien différent quand on se retrouve seul avec son micro». L’affaire du micro, et ce qui se voit à la télévision, c’est bien ce qui a étonné Marie-Noëlle Lienemann. «Pour couvrir le bruit de l’hémicycle, on est obligé de parler fort, voire de crier, alors qu’à la télévision, où les bruits sont atténués, on donne l’impression d’être déchaîné. Pour ma première réponse, j’ai donné l’impression de crier. Je me suis ensuite adaptée», s’amuse l’ancienne ministre. Une expression en public qui n’a pas trop impressionné Corinne Lepage. «Avant l’assemblée nationale, j’étais depuis 20 ans avocate et dans l’enseignement. Les amphis pleins, je connais!».

Quel moment a été douloureux?

«L’adoption de la loi sur l’air, en 1996, a été extrêmement difficile. C’était un moment épouvantable et douloureux, un vrai bizutage», témoigne Corinne Lepage. «Pierre Mazeaud, alors président de la commission des Lois, était horrible. Je cumulais à ces yeux trois défauts: être une femme, avocate et défendre l’environnement. C’était un moment de grande violence». L'ancienne ministre reconnait, à certains moments, en avoir pleuré. Sentiment de «déstabilisation, de déphasage, de me sentir couillon» pour Martin Hirsch, qui, défendant certaines dispositions du Revenu de solidarité active, n’avait pas «anticipé le chahut» de l’hémicycle. «Néanmoins, certaines assemblées d’Emmaüs ont été bien plus compliquée», relève l’ancien président de cette institution. «Dans la fosse aux lions, seul devant les députés, on se sent parfois tout petit», certifie Marie-Noëlle Lienemann. «Après l’explosion d’AZF, j’expliquais qu’il fallait certains délais pour réparer les fenêtres. Il y a eu alors des hurlements, c’était un moment très dur. A ce moment là, je n’ai pas su avoir de répartie.» L’ancienne ministre insiste sur l’importance de l’humour dans l’art oratoire, un «art qui s’apprend, par expérience». Des «moments qui n’ont pas été trop difficiles» pour Renaud Muselier. A cause d’une actualité internationale marquée par le tsunami, la guerre en Irak ou l’évacuation des Français de Côte-d’Ivoire, l’ancien ministre bénéficiait plutôt d’une écoute attentive des parlementaires. Mais attention, conclue-t-il, «la meute ne vous fait pas de cadeau».