Débat laïcité, interrogations sur Sarkozy: les députés UMP ont le moral en berne

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Divergences sur le débat laïcité/islam et la réforme de l'ISF, premiers doutes sur la capacité de Nicolas Sarkozy à rebondir d'ici à 2012... Loin d'avoir été rassurés par le remaniement, les députés de la majorité ont regagné mardi les bancs de l'Assemblée avec le moral en berne.

Peu enclin aux critiques contre l'exécutif mais bon baromètre de l'état d'esprit des députés UMP, le président de l'Assemblée Bernard Accoyer a profité de la rentrée parlementaire pour adresser une double mise en garde: la réforme de l'ISF doit être conduite a minima et attention au débat sur la place de l'islam.

En réunion du bureau comme du groupe UMP, l'opportunité d'un tel débat a été au coeur des interventions. "Arrêtez les débats, faites des propositions", a lancé Claude Goasguen (UMP). "Ce débat, il faut le cadrer et pas faire un happening", a prévenu Dominique Perben. "Effectivement, il y a des nuances...", a sobrement reconnu le patron des députés UMP Christian Jacob.

Dans le huis clos de la salle Colbert, François Fillon a lui jugé que "pour qu'il soit cadré, il faut savoir où on veut arriver, avec des propositions".

Interpellé ensuite dans l'hémicycle par Hervé de Charette (NC) sur ce débat "malsain", le Premier ministre, parfois accusé par l'entourage du chef de l'Etat de ne pas assez monter au front, a dû remiser ses réserves personnelles pour juger "nécessaire" de "réévaluer le principe de la laïcité".

Côté Nouveau Centre, l'inquiétude grandit aussi. François Sauvadet demande carrément l'abandon du débat sur la laïcité et redoute la réforme fiscale telle qu'elle se dessine: "on a aimé le bouclier fiscal, on risque d'adorer le débat sur l'ISF...". Pas question de supprimer purement et simplement l'ISF, lance-t-on en choeur au groupe UMP.

Sondages en berne, poussée redoutée du FN aux cantonales... Courageux mais pas téméraires, quelques députés UMP s'interrogent, anonymement, sur les capacités de leur champion de 2007 à pouvoir conserver l'Elysée en mai 2012 et surtout à leur faire gagner les législatives un mois plus tard.

"Au jour d'aujourd'hui, il est impossible que Sarkozy soit réélu !", s'alarme un élu du centre de la France.

"Nicolas Sarkozy est évidemment le candidat naturel. Mais ce que dit la presse sur un possible +appel des 43+ (allusion à l'appel de 43 gaullistes, dont Jacques Chirac, en faveur de VGE en 1974, ndlr) n'est pas sans fondement. Certains peuvent être tentés de tester l'idée d'une alternative Fillon", note le radical Laurent Hénart, très proche de Jean-Louis Borloo.

"Pfff. Comment peut-on imaginer que Nicolas Sarkozy ne soit pas notre candidat ?", lance Patrick Balkany, ami du chef de l'Etat, avant d'ajouter: "Ca me fait penser aux gens qui disaient avant 2002 +Chirac, il est foutu+".

Conscient des inquiétudes, François Fillon exhorte les députés UMP à ne "pas avoir d'états d'âme". "Nous pouvons nous appuyer sur (...) un président expérimenté, qui n'est pas né de la dernière pluie".

Le patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault, n'est, lui, pas mécontent d'appuyer là où ça fait mal: "le président de la République est en perdition", a-t-il lancé, évoquant "un climat de fin de règne".

Dans l'après-midi, la salle des Quatre-colonnes s'est mise à bruisser d'une demande d'audition du tout nouveau ministre Gérard Longuet (Défense) sur l'attentat de Karachi.

"Il ne manquerait plus que ça... Mais comme dirait l'autre, les merdes volent toujours en escadrille", se désole un élu alsacien.