Paris suspend les activités de son ambassade à Tripoli et rapatrie son personnel

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La France a suspendu samedi les activités de son ambassade à Tripoli après l'évacuation de la totalité de son personnel diplomatique via un avion militaire qui a également rapatrié des ressortissants français et étrangers, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.

"En raison de la dégradation des conditions de sécurité en Libye, l'ambassade de France à Tripoli suspend temporairement ses activités à compter de ce jour", a dit dans un communiqué le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valero.

"Un vol spécial de l'armée de l'Air a rapatrié aujourd'hui de Libye un total de 122 personnes, parmi lesquelles 28 ressortissants français et 94 étrangers tiers. Dans ce total figure le personnel de notre ambassade, y compris l'ambassadeur", a-t-il ajouté.

L'avion, un Airbus A340, s'est posé peu avant 21H15 à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, a constaté un journaliste de l'AFP. Il avait décollé de l'aéroport militaire de Miitiga, situé à une quinzaine de kilomètres de Tripoli, selon un journaliste présent à bord, qui a requis l'anonymat.

"Les conditions de sécurité commençaient à devenir problématiques. Le climat général n'était pas marqué par des coups de feu incessants mais par un calme qui devenait inquiétant, en particulier le matin. On avait l'impression que c'était tous les jours dimanche", a relaté l'ambassadeur de France en Libye, François Gouyette, à son arrivée à Roissy.

"En application de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et en accord avec le gouvernement russe, la protection des intérêts français a été confiée à l'ambassade de la Fédération de Russie en Libye", a précisé le porte-parole.

Un employé de l'ambassade de France, qui a préféré garder l'anonymat, a décrit "un climat qui devenait de plus en plus tendu". "Les rues étaient vides, les échoppes fermées. Les gens ne sortaient plus de chez eux durant la journée, uniquement le soir. C'est à ce moment-là que l'on entendait des coups de feu", a-t-il expliqué, précisant n'avoir "assisté à aucune scène de guérilla urbaine".

"On entendait les coups de feu mais on ne voyait rien. Jusqu'en fin d'après-midi, c'était calme. Tellement calme que cela devenait stressant", a expliqué une autre employée de l'ambassade qui n'a pas souhaité donner son nom.

Hébergées chez une tante pendant la période des vacances scolaires, Nida et Sarah, deux soeurs âgées de 14 et 15 ans, disent avoir eu "peur". "La première semaine, cela allait mais ensuite ce n'était plus possible de sortir. Il y avait des bandes d'hommes armés de fusils dans les rues", raconte l'aînée.

"Ces hommes armés sont favorables au régime et font la loi à Tripoli. Ils circulent en 4X4, souvent sans plaque d'immatriculation et effectuent des patrouilles en civil dans la ville", a expliqué le journaliste présent à bord de l'avion.

Les passagers ont été accueillis par des représentants de la direction des ressources humaines du Quai d'Orsay et des membres de la Croix rouge dans ancien satellite d'embarquement du terminal 2E de l'aéroport. Parmi les étrangers figuraient entre autres des Guinéens, Libyens, Comoriens et des Espagnols.

"Certains de nos compatriotes ont souhaité demeurer en Libye. S'ils décidaient ultérieurement de quitter le pays, tout serait mis en oeuvre afin de les rapatrier", a affirmé M. Valero. Il s'agirait d'une vingtaine de personnes dont des doubles nationaux.

Au total, la France aura évacué de Libye 654 personnes, dont 498 ressortissants français et 156 étrangers, parmi lesquels 45 européens.

La Grande-Bretagne et le Canada avaient annoncé plus tôt samedi des décisions similaires de suspension de leurs activités diplomatiques et d'évacuation de leur personnel diplomatique.