Quand le compagnon de MAM était l'ami de Kadhafi

POLITIQUE Patrick Ollier, actuel ministre des relations avec le Parlement, a été un artisan attentif du dialogue entre la Libye et la France, agissant comme un intermédiaire...

Anne-Laëtitia Béraud
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MEIGNEUX / SIPA

Après Michèle Alliot-Marie, c’est à son compagnon Patrick Ollier d’être rattrapé par ses liens avec les pays du sud de la Méditerranée. L’interview se déroule mercredi sur la chaîne Public Sénat. L’actuel ministre chargé des relations avec le Parlement, par ailleurs ex-président du groupe parlementaire d’amitié France-Libye qu’il a fondé en 2003, y explique notamment «ne pas regretter ses relations passées avec Kadhafi» mais condamne sa dérive «meurtrière».

 «Je ne suis pas aveuglé, je suis réaliste»

«Est-ce-que je regrette ce que j’ai fait? Non, parce que je l’ai fait dans l’intérêt général», explique Patrick Ollier, analysant qu’«à l’époque, la France avait le souci de lutter contre le terrorisme et Al-Qaida, et l’immigration clandestine et d’établir des relations commerciales utiles avec un pays qui se développait ». Un argument qui fait écho à ses déclarations favorables de décembre 2007, lorsque Mouammar Kadhafi effectuait une visite d’Etat en France.

Interrogé par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, le 12 décembre 2007, Patrick Ollier, alors parlementaire, affirme que «le colonel Kadhafi, depuis 2003, a donné toutes les preuves qu’on attendait de lui» concernant le terrorisme. « Il a fait ce qu’il fallait (…) pour retrouver le concert des Nations», continue-t-il, se sentant «pas aveuglé, je suis réaliste». Déclarant être allé en Libye une dizaine de fois depuis 2003, il y agit comme un artisan du dialogue politique entre les deux pays. En effet, en 2003, celui qui est alors président de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale joue les messagers du Président Jacques Chirac, relève Jeune Afrique. Il porte une missive sur l’importance de la continuité de l’action «pour arrêter la guerre en Irak et sauvegarder le rôle de l’ONU et des organisations internationales». L’élu accompagne, l’année suivante, en novembre 2004, le Président en visite dans la capitale libyenne.


Vendre des avions Rafale

Avec la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Libye décidée par l’Union Européenne, le 11 octobre 2004, les affaires reprennent. Et la France à tout à y gagner. Dans l’interview de décembre 2007, Patrick Ollier évoque notamment des «discussions engagées pour différents armements». «Le colonel Kadhafi voudrait refaire sa flotte d’avions qui est tout à fait obsolète, explique-t-il. Je le souhaiterais pour Rafale. C’est un avion qu’on aimerait vendre», espère le député.

Les amitiés libyennes de Patrick Ollier n’ont pas manqué d’intéresser les services secrets. Le quotidien Libération relève que le général Rondot, ancien conseiller de plusieurs ministres de la Défense, avait enquêté sur lui. L’espion nourrissait un scepticisme à l’égard de Patrick Ollier, suspecté selon lui de «compromissions» dans plusieurs pays arabes, scepticisme qu’il couche dans ses précieuses notes rendues publiques lors de l’affaire des faux listings de Clearstream. Artisan du dialogue entre les deux pays, intermédiaire, partisan des ventes d’armes françaises à la Libye, Patrick Ollier s’est tu sur la révolte en Libye jusqu’à mercredi. Après l’affaire tunisienne concernant sa compagne Michèle Alliot-Marie, le voilà désormais sous les feux des médias.