Royal à la rencontre de "la France qui souffre" aux Antilles

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Jeunes en insertion, marins-pêcheurs, Ségolène Royal, candidate aux primaires socialistes, au troisième jour de sa visite en Martinique, a privilégié mercredi "la France qui souffre".

La Trinité, commune du littoral de 14.000 habitants, à 28 km au nord-est de Fort-de-France, est "socialiste sans désemparer depuis 1945", a rappelé Louis-Joseph Manscour, en accueillant Mme Royal dans sa mairie.

Le député-maire PS s'est plu à rappeler qu'en 2007, lors de sa campagne présidentielle, l'ex-candidate à l'Elysée avait lancé cette phrase "mwen Famm doubout" (moi femme debout) qui a fait "le tour du monde".

Devant les militants mardi soir à Fort-de-France, Mme Royal a dit faire "un tour de France", de la "France qui espère" et de "la France qui souffre".

Au programme, mercredi matin, table ronde sur le chômage des jeunes, réunissant élus, formateurs, et brochette de jeunes, certains en insertion et d'autres en train de créer leur entreprise.

Séverine Joséphine raconte comment sa grand mère lui "a transmis l'amour de la pharmacopée". Cette jeune ingénieure chimiste, ayant travaillé en Belgique, a décidé de rentrer au pays où elle se bat pour créer une entreprise cosmétiques à base de produits locaux, sucre de canne, aloé, ou hibiscus.

Mme Royal la félicite, interroge: "Combien de jeunes en situation d'inactivité sur la commune?". "6.900", répond-on. "C'est très dur, le chômage des jeunes, c'est 62% en Martinique. Beaucoup d'entreprises ne veulent plus jouer l'insertion", explique Jean-Michel Loutoby, directeur de mission locale.

Pour la présidente de Poitou-Charentes, "toutes les entreprises qui reçoivent une aide, on leur dit, +en échange, vous prenez des jeunes en alternance+. C'est un sujet explosif. Un jour, ça va se retourner contre elles. C'est un état d'esprit qu'il faut changer".

"Si on tient publiquement un discours de valorisation des entreprises (qui engagent des jeunes), un cercle vertueux se met en place", soutient celle pour qui le chômage des jeunes est un "défi colossal à relever".

Après la réunion, Mme Royal se rend non loin, en bordure de mer, au quartier La crique, où l'on reconstruit le marché aux poissons. Là, elle rencontre des pêcheurs. Ils lui disent la raréfaction du poisson, les problèmes avec La Dominique, la pollution chimique due au chloredecone et les charges de carburant.

"Tout augmente, on n'en peut plus", confie l'un d'eux. Un autre lui parle d'un problème de machine à glace qui fonctionne avec du gaz interdit. "Pourquoi pas une machine à glace avec l'énergie solaire? On a bien un climatiseur solaire. On va faire une coopération avec l'université de La Rochelle. Allez on regarde cela.. Laissez vos coordonnées", répond la présidente de Poitou-Charentes.

Plus de grand-messe médiatique, Mme Royal privilégie "proximité", "dialogue", "observation et travail de fond", "consolidation des fondations" avant la vraie campagne qui démarrera au soir du dépôt de candidatures le 13 juillet.

Discrétement, elle a rencontré à son domicile le docteur Pierre Aliker, ami d'Aimé Césaire, 104 ans, figure très respectée. "Vous êtes au courant de la politique nationale?" lui a demandé Mme Royal. "Martine Aubry - Ségolène Royal, c'est un match que nous avons suivi et que nous suivrons", lui a répondu le sage.

Autre moment, Mme Royal a voulu, avant de quitter la Martinique pour la Guadeloupe, se recueillir sur la tombe d'Aimé Césaire disparu en avril 2008.