Action directe: Le parquet bloque la semi-liberté accordée à Jean-Marc Rouillan

JUSTICE C'était sa deuxième demande...

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La cour d'appel de Paris a refusé jeudi de rendre sa semi-liberté au cofondateur du groupe armé d'extrême gauche Action directe (AD) Jean-Marc Rouillan, un régime qui lui avait été retiré en octobre à la suite d'une interview controversée à L'Express, ont annoncé ses avocats.
La cour d'appel de Paris a refusé jeudi de rendre sa semi-liberté au cofondateur du groupe armé d'extrême gauche Action directe (AD) Jean-Marc Rouillan, un régime qui lui avait été retiré en octobre à la suite d'une interview controversée à L'Express, ont annoncé ses avocats. — Michel Gangne AFP/Archives

La justice a accordé mercredi un régime de semi-liberté à Jean-Marc Rouillan, le dernier membre du groupuscule armé Action directe à passer jours et nuits en prison, mais le parquet a bloqué cet aménagement de peine en faisant immédiatement appel.

Le tribunal d'application des peines de Paris avait accédé mercredi en milieu de journée à la demande de l'ancien leader d'Action directe qui a déjà passé près de 24 ans en prison pour les assassinats du PDG de Renault, Georges Besse, en 1986, et d'un ingénieur général de l'armement, René Audran, en 1985.

La chambre d'application des peines tranchera

Mais le parquet de Paris a dans la foulée fait appel de cette décision, selon une source judiciaire. L'appel suspend de fait la mise en place du régime de semi-liberté, censé entrer en vigueur le 7 mars.

Il reviendra donc à la chambre de l'application des peines de la cour d'appel de Paris d'examiner dans plusieurs semaines la demande de semi-liberté, qui ouvre la voie au bout d'un an à une éventuelle libération conditionnelle.

Deuxième demande

Jean-Marc Rouillan, 58 ans, condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité, avait déjà bénéficié d'une mesure de semi-liberté en 2007 mais elle avait été révoquée quelques mois plus tard après qu'il eut déclaré dans la presse qu'il ne «crachait» pas sur tout ce qu'il avait fait.

La justice avait estimé que tenir de tels propos constituait une violation de l'obligation faite à Jean-Marc Rouillan, dans le cadre de sa semi-liberté, de ne pas s'exprimer sur les faits pour lesquels il a été condamné.

Selon l'avocat des anciens d'Action directe, Me Jean-Louis Chalanset, la mesure de semi-liberté devait prendre effet à partir du 7 mars. Jean-Marc Rouillan aurait alors fait l'objet d'une «surveillance électronique», a précisé l'avocat. Jean-Marc Rouillan purge actuellement sa peine au centre de détention de Muret (Haute-Garonne).

Problèmes de santé

Comme en 2007, Jean-Marc Rouillan devait travailler pour les éditions Agone. Jean-Marc Rouillan avait porté plainte en décembre 2009 pour non-assistance à personne en danger, estimant qu'il était privé de soins pour la pathologie rare diagnostiquée chez lui en mai, la maladie d'Erdheim-Chester, qui s'attaque principalement au système osseux. «Son état de santé est stable», selon son avocat.

Jean-Marc Rouillan, interpellé le 21 février 1987 dans le Loiret avec ses trois camarades Georges Cipriani, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron, est le dernier des anciens membres du groupuscule à ne pas bénéficier d'un aménagement de peine.

Frérot, Cipriani, Aubron et Ménigon

Joëlle Aubron, libérée en juin 2004 après l'opération d'une tumeur au cerveau, aura été la seule des quatre membres historiques mise en liberté après une suspension de peine. Elle est décédée en mars 2006, à 46 ans, d'un cancer aux poumons.

Nathalie Ménigon, 53 ans, a obtenu un régime de semi-liberté durant l'été 2007, après deux accidents vasculaires cérébraux en détention. Un an plus tard, début août 2008, la liberté conditionnelle lui avait été accordée, ce qui la dispense de passer les nuits en prison.

Max Frérot, considéré comme l'artificer du groupe, a lui aussi fait l'objet d'une libération conditionnelle en juillet 2010. Georges Cipriani est pour sa part en semi-liberté depuis avril 2010.

Quant à Régis Schleicher, un des animateurs de la branche d'AD spécialisée dans les hold-up, il a vu sa peine aménagée en juillet 2009. Après 25 ans derrière les barreaux pour le meurtre de deux policiers, il a évoqué dans un livre ces «Instants damnés» et a dit aspirer à être «un homme ordinaire».