A "La Sorbonne Abou Dhabi", Fillon plaide pour le dialogue des civilisations

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Le Premier ministre français François Fillon a inauguré dimanche les nouveaux locaux de La Sorbonne-Abou Dhabi, première université francophone du Golfe, qu'il a qualifiée de "lieu de dialogue et de partage" dans un plaidoyer contre le choc des civilisations.

"La thèse de l'affrontement des civilisations, qui n'appartient pas à l'héritage intellectuel de la France, est dangereuse et sans valeur. Elle ne peut fonder aucune vision d'avenir de l'ordre international", a affirmé M. Fillon, qui était accompagné de la ministre de l'Education Valérie Pécresse.

"Elle n'a pour conséquence que la destruction et le nihilisme. Elle n'a pour fondement que la peur et l'ignorance", a-t-il poursuivi.

A l'inverse, M. Fillon, premier chef du gouvernement français à visiter les Emirats depuis leur fondation en 1971, a estimé que La Sorbonne-Abou Dhabi constituait "un lieu de dialogue et de partage".

Inaugurée en 2006, elle comptait 620 étudiants -dont plus d'un tiers d'Emiratis- à la rentrée 2010, en augmentation de 24% sur un an. Ses nouveaux locaux, sur l'île de Reem, pourront accueillir à terme 2.500 étudiants.

Leur construction a été financée par les Emirats, désormais membre observateur de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

"Il y a peu d'endroits où un tel dialogue pouvait s'enraciner aussi bien qu'ici. (...) C'est un lieu où on apprendra comment une civilisation peut nourrir le développement d'une autre", a encore jugé le Premier ministre.

Avant lui, le Dr Mugheer Kamis Al Khaili, directeur général du conseil de l'éducation d'Abou Dhabi, avait aussi évoqué un "pont entre les civilisations", la devise de l'université.

François Fillon s'est ensuite rendu à Dubaï pour des entretiens bilatéraux avec l'émir Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, également vice-président de la Fédération. La veille, à son arrivée en provenance d'Arabie, il avait dîné avec le prince héritier d'Abou Dhabi, Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyane.

"Sur les conflits régionaux, nos analyses et nos propositions se rejoignent, et nous coopérons étroitement", a commenté dimanche soir M. Fillon, lors de l'ultime discours de son séjour, devant la communauté française à Abou Dhabi.

"En ces temps agités pour le Moyen-Orient, cette relation de confiance avec un allié qui promeut des valeurs de modération, de tolérance et d'ouverture est extrêmement précieuse", a-t-il dit.

Sur le plan économique, il a pointé les "innombrables possibilités de partenariats qui s'offrent à qui sait les saisir".

Lors de ses entretiens, le Premier ministre a soulevé la question des négociations pour la vente aux Emirats d'une soixantaine de Rafale, l'avion de la chasse que la France tente -jusqu'à présent sans succès- d'exporter.

Si les discussions "ont bien repris depuis janvier", "on n'est pas au stade de la décision", selon l'entourage de François Fillon.

La France a également rappelé "sa disposition à contribuer au programme nucléaire civil des Emirats, notamment la gestion des combustibles", a ajouté la même source.

Avant de s'adresser aux expatriés français, M. Fillon avait inspecté la base militaire française inaugurée en 2009 à Abou Dhabi, visite à laquelle la presse n'a pu assister.

Cette ouverture, cas inédit depuis la décolonisation, "est le signe que notre dispositif militaire s'adapte aux enjeux stratégiques actuels", a-t-il relevé.

La base française, qui comptera d'ici fin 2011 plus de 600 militaires, se trouve à moins de 250 km des côtes iraniennes.

La veille, le chef du gouvernement était monté à bord du porte-avions à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle, en mer Rouge.