«Parole de Français»: Nicolas Sarkozy «en rupture complète avec son image de toujours»

Propos recueillis par Maud Pierron

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Nicolas Sarkozy le 10 février 2011 dans l'émission Paroles de Français.
Nicolas Sarkozy le 10 février 2011 dans l'émission Paroles de Français. — AFP

Lors de l'émission «Paroles de Français» jeudi soir, Nicolas Sarkozy était confronté à neuf Français. Le chef de l'Etat a fait peu d'annonces - hormis un plan anti-chômage et une réforme des tribunaux pour enfants - mais il prépare déjà la prochaine campagne présidentielle, nous explique Arnaud Mercier. 

Qu’avez-vous pensé de la prestation de Nicolas Sarkozy jeudi soir?
Sur la forme, ce n’était pas bouleversant ni très innovant, mais au moins il ne s’est pas gauffré. Pour lui le dispositif était pépère, il n’était pas face à des journalistes mais face à des Français qui n’étaient pas armés en termes de compétences pour lui tenir tête. C’était cousu de fil blanc, on voyait bien qu’il avait préparé des réponses précises aux questions qui lui ont été forcément soumises avant. Il avait ses fiches, ses chiffres, il connaissait le déroulé de l’émission. Mais paradoxalement, si ça a duré très longtemps, il y avait un sentiment de frustration à la fin, avec l’impression d’avoir à peine effleuré certains sujets.

Les observateurs jugent plutôt négativement sa prestation. Est-ce un exercice à refaire?
Que le Landerneau médiatique ne soit pas convaincu, ce n’est pas grave. Ce type d’émission ne s’adresse pas aux journalistes parisiens mais à l’électorat de Nicolas Sarkozy, la France profonde. Il jouait sur du velours, il a pu développer son discours et continuer son virage de la représidentialisation. A la différence de l’an dernier, il a été très calme, très sobre, il ne s’est pas énervé. On a retrouvé le Nicolas Sarkozy du débat d’entre-deux tours de la présidentielle avec Ségolène Royal: pas arrogant, pas cassant.

Peut-on dire qu’il a commencé à préparer sa future campagne présidentielle?
Une partie du message qu’il a essayé de faire passer, c’est l’arrêt du président bling bling. Mais il a aussi mis le pied sur le tremplin vers la campagne présidentielle en développant un argumentaire sur le thème: «on ne peut pas tout faire d’un coup», «on est sur un immense paquebot» *. Il pose des jalons pour l’avenir, il pourra dire, s’il se représente: «j’ai posé des bases, laissez moi finir, on ne change pas de capitaine en pleine tempête».  Ce qui m’a étonné c’est également qu’il a reconnu son impuissance sur certains sujets comme l’hyper violence des jeunes en disant, «c’est vrai, on n’y arrive pas». C’est en rupture complète avec son image de toujours. C’était l’hyper-président, le ministre super actif, celui qui agissait, qui faisait quand les autres se résignés. Là, il a parfois montré de la résignation, de l’impuissance, la difficulté à faire, ça pourrait lui porter préjudice.

Y-a-t-il un bon point à décerner à Nicolas Sarkozy?
Il a déminé sur les vacances de Michèle Alliot-Marie et François Fillon. Il a enfin arrêté de défendre l’injustifiable. Il fallait changer de système de défense. Ce n’était pas facile pour lui puisque ces affaires le renvoient à l’acte fondateur de son quinquennat, le Fouquet’s et les vacances sur le yacht de Bolloré. Le candidat de la France qui se lève tôt s’est couché tard et réveillé dans une chambre d’un hôtel de luxe.