Visite de Martine Aubry au Sénégal pour «rompre» avec le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy

POLITIQUE Elle va assister pendant cinq jours au Forum Social Mondial...

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Direction le Sénégal pour Martine Aubry. La première secrétaire du Parti socialiste (PS) part ce samedi pour une visite de cinq jours à Dakar où, devant le Forum Social Mondial, elle va livrer sa «vision» de l'Afrique, qui se veut en rupture avec le discours controversé de Nicolas Sarkozy en 2007.

Pas de nouveau «discours de Dakar» en prévision

«Sortir du propos compassionnel habituel», «montrer l'Afrique qui réussit»: même si officiellement, il n'est pas question d'un nouveau «discours de Dakar», la numéro un du principal parti d'opposition semble vouloir prendre le contrepied du président français. «A travers ce voyage, elle veut rompre avec cet inconscient post-colonial français qui a conduit à des discours malheureux comme celui de Dakar», explique le secrétaire socialiste à l'International Jean-Christophe Cambadélis.

En juillet 2007, Nicolas Sarkozy, pour son premier voyage de chef d'Etat en Afrique, avait déploré dans la capitale sénégalaise que «l'homme africain» ne soit «pas assez entré dans l'Histoire». «Ce discours calamiteux a fait beaucoup de mal» à la relation franco-africaine, estime Pouria Amirshahi, membre de la délégation socialiste, selon qui Martine Aubry devrait affirmer «la rupture avec la Françafrique» et «proposer les bases d'une nouvelle relation historique et de développement commun».

Martine Aubry «aime et connaît bien l'Afrique»

En outre, Martine Aubry, qui a voyagé à plusieurs reprises à titre personnel au Mali ou au Burkina Faso «aime et connaît bien l'Afrique», souligne son entourage. Au moment où deux révolutions, en Tunisie et en Egypte, secouent le continent africain, son intervention «permettra aussi de montrer que les socialistes ne se situent que d'un seul côté, la démocratie, et ne sont pas dans l'ambiguïté», estime Pouria Amirshahi.

Au plus fort de la crise en Côte d'Ivoire, certains caciques du Parti socialiste (PS), par leur soutien au président sortant Laurent Gbagbo, ont quelque peu brouillé l'image du parti, qui a pourtant officiellement reconnu la victoire d'Alassane Ouattara au lendemain de l'élection.

«Rompre avec la diplomatie zapping» de Nicolas Sarkozy

Ce long séjour dans la capitale sénégalaise, au programme chargé, est enfin une manière pour la patronne des socialistes de «rompre avec la diplomatie zapping» du chef de l'Etat français, selon la formule du porte-parole du PS Benoît Hamon. Dimanche, Martine Aubry participera à la traditionnelle marche d'ouverture du Forum social mondial (FSM), devant lequel elle prononcera son discours mercredi.

Elle visitera également des entreprises dakaroises et aura des entretiens avec des responsables politiques, au premier rang desquels les «camarades» du PS sénégalais d'Ousmane Tanor Dieng. Une rencontre avec le président Abdoulaye Wade, qui veut briguer en 2012 un troisième mandat au grand dam de l'opposition socialiste, pourrait avoir lieu jeudi, au dernier jour de sa visite.

«Aller en Afrique, c'est aussi se donner une stature présidentielle»

Le voyage à Dakar de Martine Aubry intervient après celui de Nicolas Sarkozy en 2007, et de Ségolène Royal en 2009 - la socialiste, née à Dakar, avait alors demandé «pardon» aux Africains pour le discours du président français--. «Dans le pré-carré africain de la France, le Sénégal conserve son aura de pays démocratique, il a un poids symbolique important», analyse le journaliste écrivain Antoine Glaser, spécialiste des relations franco-africaines.

«Par ailleurs, il y a deux pays importants en Afrique en matière de diplomatie électorale française, le Mali et le Sénégal», souligne-t-il, se référant aux fortes communautés originaires de ces deux pays en France. «On ne peut pas exclure qu'elle soit candidate en 2012, et dans ce cas là, aller en Afrique, c'est aussi se donner une stature présidentielle», estime le politologue Gérard Grunberg.