Affaire Laëtitia: Les propos de Nicolas Sarkozy provoquent un affrontement droite-gauche

JUSTICE Avec Dominique de Villepin en électron libre...

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Nicolas Sarkozy lors d'une table ronde à Orléans le 3 février 2011.
Nicolas Sarkozy lors d'une table ronde à Orléans le 3 février 2011. — AFP/LIONEL BONAVENTURE

Nicolas Sarkozy, en promettant de sanctionner les "dysfonctionnements graves" de la justice et de la police dans l'affaire Laetitia, a déclenché un tollé à gauche, suivi d'une riposte immédiate de l'UMP qui a soutenu le chef de l'Etat face à la fronde des deux corporations.

Les propos présidentiels ont déclenché la colère des magistrats et policiers nantais mis en cause. L'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), très en pointe dans la contestation, a ainsi appelé vendredi à un report de toutes les audiences en France jusqu'au 10 février.

Ils ont reçu le soutien du Parti socialiste. André Vallini, ancien président de la commission d’Outreau, est monté au créneau pour s'indigner contre les "stigmatisations, provocations et imprécations de Nicolas Sarkozy, fondées sur la démagogie".

"Des états généraux"

"Elles ne font qu’aggraver le profond malaise de la police et de la justice, selon le député, sans apporter le moindre début de solution au seul vrai problème dont elles souffrent: le manque des moyens nécessaires à l’exercice de leurs missions tellement difficiles".

Un constat partagé par son collègue socialiste Julien Dray qui a réclamé de toute urgence "des états généraux de la justice". "On ne peut pas à la fois réduire les effectifs et les moyens, et venir ensuite rejeter toute la responsabilité de défaillances, hélas prévisibles, sur ces hommes et ces femmes qui font un métier de plus en plus difficile dans des conditions en constante dégradation", a déclaré le député de l'Essonne.

Le parti de Dominique de Villepin, République solidaire (RS), a dénoncé "l'instrumentalisation" du meurtre de la jeune Laëtitia par le chef de l'Etat.

L'"impuissance" du gouvernement

Pour les villepinistes, ce drame illustre "l'impuissance" de l'action gouvernementale, en dépit de l'inflation législative (six lois sur la sécurité en six ans).

A l'UMP, le numéro un Jean-François Copé s'est étonné de la "violence des réactions", jugeant que "tous les professionnels", magistrats y compris, doivent pouvoir "rendre des comptes".

"Ce n'est ni leur faire injure, ni remettre en cause leur indépendance, que de rappeler cette évidence", a-t-il dit en défendant à nouveau l'idée de l'introduction de jurés populaires, comme le souhaite le président Sarkozy, dans le cadre de l'application des peines.

L'UMP en renfort

Plusieurs ténors sarkozystes ont à leur tour soutenu le chef de l'Etat. Le secrétaire d'Etat, Thierry Mariani, a justifié ses propos, estimant que Nicolas Sarkozy avait "dit tout haut ce que pensent" les Français.

L'ex-député du Vaucluse a été aussitôt relayé par le maire de Nice Christian Estrosi, qui s'est indigné en déclarant: "Je ne supporte plus la position qui consiste à dire sur tous les sujets: il n'y a pas de faute, il faut plus de moyens".

Le député UMP Eric Ciotti a proposé "un plan Marshall pour la justice et la police", et sa collègue fillonniste Valérie Rosso-Debord a mis en garde les magistrats grévistes. "Ils doivent comprendre, a-t-elle dit, qu'il est de leur intérêt de faire toute la vérité sur les manquements liés à cette affaire afin que le peuple ne se détourne pas d'eux et n'ait pas le sentiment qu'ils agissent par corporatisme".