Piraterie: Jack Lang propose à l'ONU une cour somalienne extraterritoriale

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L'ancien ministre français Jack Lang a proposé lundi des mesures nouvelles pour lutter contre la menace des pirates au large de la Somalie, dont la mise en place d'une cour spécialisée somalienne extraterritoriale.

"La bataille de vitesse entre les pirates et la communauté internationale est en train d'être gagnée par les pirates" qui sont au nombre d'environ 1.500, a expliqué M. Lang à la presse, à l'occasion de la remise de son rapport au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

M. Lang, qui avait été chargé d'une mission sur la piraterie par M. Ban en août dernier, a observé que ce phénomène "ne connaît aucun reflux depuis sa recrudescence au large des côtes somaliennes en 2007".

"L'année 2010 a été marquée par une intensification de la violence et un allongement de la durée de détention, une sophistication du mode opératoire et une extension de la zone des attaques au Sud et à l'Est de l'océan Indien", a relevé le député français.

Afin de relever le défi, M. Lang préconise la création "d'une cour spécialisée somalienne extraterritoriale", qui pourrait être localisée à Arusha, en Tanzanie, afin de juger les pirates. La Somalie, en guerre civile depuis 20 ans, n'a pas d'Etat à même de juger ces derniers. Les pirates capturés en mer sont souvent remis en liberté car aucun tribunal ne peut les juger.

M. Lang suggère aussi d'adopter, "en extrême urgence", un plan ciblé sur les régions côtières du Puntland et du Somaliland, situées dans le nord et le nord-est de la Somalie et d'où sont originaires la plupart des pirates.

Ce plan devra s'efforcer de développer l'économie, la sécurité ainsi que les structures juridiques et pénitentiaires.

Le volet économique vise à développer les activités qui ont pour objectif d'assurer la souveraineté des autorités somaliennes et de dissuader les jeunes Somaliens de se tourner vers la piraterie: les activités portuaires et de pêche, l'exportation de bétail et les télécommunications.

S'agissant du volet sécuritaire, "il convient de frapper les réseaux de piraterie à la tête, en s'attaquant à leurs commanditaires, parfaitement identifiés" mais qui s'abritent dans des territoires où ils sont protégés.

Il est donc indispensable "de renforcer les capacités d'enquête de police scientifique des Etats de la région" et "d'appliquer des sanctions individuelles contre les commanditaires".

Concernant le volet juridictionnel et pénitentitaire, Jack Lang recommande la mise en place dans un délai de huit mois de deux juridictions spécialisées au Puntland et au Somaliland.

Les capacités pénitentiaires de ces deux régions seraient renforcées par la création de deux prisons au Somaliland et au Puntland, de 500 places chacune. Les premières places seraient disponibles dans un délai de huit mois. Dans un deuxième temps rapproché, une troisième prison devrait être créée au Puntland.

Le coût total de ce volet est évalué à moins de 25 millions de dollars sur trois ans.

"Les besoins de financement actuels restent très inférieurs au coût global de la piraterie" et une conférence des donateurs permettrait de lever les fonds nécessaires au financement du plan, espère M. Lang.

La piraterie coûte entre 7 et 12 milliards de dollars par an à la communauté internationale, selon le rapport.