Sarkozy fait un début de mea culpa vis-à-vis de la Tunisie

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Nicolas Sarkozy a fait lundi un début de mea culpa vis-à-vis de la Tunisie en reconnaissant une "sous-estimation" de sa "désespérance", mais aussi en justifiant les hésitations de la France par un devoir de "réserve" auquel doit se tenir une ancienne puissance coloniale.

Lundi lors de la troisième conférence de presse de son quinquennat, le chef de l'Etat a également développé les priorités de sa présidence des G8 et G20, notamment la réforme du système monétaire international, avec une taxe sur les transactions financières, l'instauration d'un "socle de protection social universel" et d'un "code de conduite" pour gérer les flux de capitaux.

Devant la rétro-projection d'une grande image représentant une tour Eiffel tricolore stylisée, logo de la présidence française des G8 et G20, accompagné des mots: "G20-G8, France 2011, nouveau monde, nouvelles idées", il s'est livré à deux exposés, sur les objectifs de la présidence française des forums des principales puissances, l'autre sur les grands sujets internationaux, avant de répondre aux questions de la presse.

Alors que la diplomatie française a été vivement critiquée pour ses hésitations vis-à-vis des événements de Tunisie, lors desquels 78 personnes au moins ont été tuées, M. Sarkozy a affirmé qu'il y avait dans cet ancien protectorat français, "une désespérance, un sentiment d'étouffer dont il faut le reconnaître, nous n'avions pas pris toute la mesure".

Mais "je revendique une certaine réserve lorsqu'il s'agit de commenter les événements des pays qui ont été colonisés par la France" et la France ne doit pas être "assimilée à un pays qui a gardé des réflexes coloniaux", a-t-il insisté.

Il a justifié les déclarations de la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie qui avait proposé à Tunis une aide technique pour rétablir l'ordre. C'était pour "éviter qu'il y ait plus de drames", a-t-il affirmé.

M. Sarkozy a également tenu à s'expliquer sur la tentative de libération de deux otages français au Sahel au cours d'une opération franco-nigérienne le 8 janvier.

Lundi dernier, "devant les deux cercueils" de ces jeunes gens "lâchement assassinés", M. Sarkozy, "après mûre réflexion", s'est dit que "c'était à la seule décision à prendre". "Face au terrorisme, il n'y a que la fermeté" qui vaille, a-t-il martelé.

Autre dossier sensible: les otages d'Afghanistan (deux journalistes retenus depuis plus d'un an) et du Sahel (cinq Français, un Togolais et un Malgache), "tous vivants", a assuré le président.

"Je n'ai pas l'intention de discuter ou de répondre à ce Monsieur", a-t-il dit, en allusion à Oussama Ben Laden qui a lié le sort des otages au retrait de la France d'Afghanistan.

Il a également renouvelé le soutien de la France au Liban en crise, assurant que ce pays était un "dommage collatéral" du conflit israélo-palestinien, et demandé un renforcement des sanctions contre l'Iran.

Sur la présidence des G8 et G20, le chef de l'Etat s'est voulu pédagogue, affichant volontarisme sur les objectifs et "humilité" sur leur réalisation: Tout ne sera pas réglé "en une présidence".

Outre la réforme du système monétaire mondial, objet d'un "premier séminaire" fin mars en Chine, ses explications ont également porté sur la lutte contre la volatilité des prix des matières premières, notamment agricoles, la mise en place de produits innovants pour aider les pays en développement, la réforme de la gouvernance mondiale.

Harlem Désir, numéro deux du PS, a fustigé un "exercice d'autopromotion", craignant que M. Sarkozy "devienne le président des promesses non tenues pour le monde".