Tunisie: Les couacs de la gestion française de la révolte tunisienne épinglés

POLEMIQUE Les autorités françaises ont mis beaucoup de temps à réagir, dévoile ce mercredi le «Canard Enchaîné»...

Corentin Chauvel

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J.DEMARTHON / AFP

«Ben Ali a repris le contrôle de la situation». Tel est le télégramme qu’a envoyé vendredi dernier, quelques heures avant la fuite de l’ex-président tunisien, l’ambassadeur de France en Tunisie, Pierre Ménat, à l’Elysée et au ministère des Affaires étrangères, révèle ce mercredi le Canard Enchaîné.

Des diplomates français interrogés sous couvert d’anonymat par l’hebdomadaire ne sont pas tendres à l’égard de l’ambassadeur, «à l’ouest», mais également de Michèle Alliot-Marie, qui a justifié son absence du Quai d’Orsay ce fameux vendredi parce que ses services n’avaient aucune «inquiétude» à propos de la situation tunisienne.

L’Elysée reste sourd à une tentative d’alerte

Un mouvement de contestation qui, d’après les diplomates français, aurait dû être largement anticipé, comme ont su le faire les Etats-Unis qui avaient senti le vent tourner depuis un moment. L’ambassade américaine à Tunis évoquait récemment «la haine» du peuple tunisien à l’égard du clan Ben Ali, considéré comme «mafieux» depuis déjà deux ans.

Dans la même veine, l’attaché militaire de l’ambassade de France en Tunisie, suivi par  la DGSE, avait bien alerté en octobre dernier le ministère de la Défense et l’Elysée du «délitement du système Ben Ali», rapporte le Canard Enchaîné. Il n’a jamais été entendu.

Par ailleurs, l’hebdomadaire raconte que la décision que l’ex-président Ben Ali ne se réfugie pas en France vendredi dernier a été prise in extremis par Nicolas Sarkozy. «Les patrons de la DGSE et de la DCRI estimaient que les Tunisiens de France auraient très mal pris l’arrivée» du dirigeant déchu sur le sol français, précise le Canard Enchaîné qui ajoute que son avion se trouvait alors déjà dans l’espace aérien français.