Présidentielle: pour Joxe, aucun des candidats potentiels du PS capable "pour le moment" de gagner

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Pierre Joxe, proche de François Mitterrand, considère que "pour le moment aucun" des candidats potentiels du PS à la présidentielle n'est en mesure de gagner en 2012, faute de "programme porté par un mouvement de fond".

Dans une interview au JDD à paraître dimanche, l'ancien ministre souligne que l'élection de François Mitterrand en 1981 fut celle "d'un homme qui avait construit un parti sur une stratégie, l'union de la gauche, et un programme".

"Ce ne fut pas l'élection d'un champion ayant gagné des éliminatoires! Ce fut l'élection d'un chef de parti qui a mis dix ans à bâtir notre parti, certes, mais sur la stratégie d'une alliance extrêmement large et avec un programme commun qui manifestait cette alliance", a-t-il lancé.

"Promettre en France, en 1980, de nommer des communistes au gouvernement, pour certains, c'était comme mettre la main aux fesses de la reine d'Angleterre ! 1981, ce fut l'aboutissement d'une longue marche", explique Pierre Joxe.

Pour lui, "ce n'est pas d'un homme ou d'une femme providentielle dont nous avons besoin. C'est d'un mouvement d'opinion d'où sortira une réflexion et une espérance collective sur ce que nous voulons, non pour les cinq ans, mais pour les vingt ans à venir".

"Nous avons besoin d'un mouvement d'opinion averti des incroyables sacrifices et des révisions cruelles qu'il va falloir entreprendre", prévient-il.

Pour M. Joxe, "l'élection présidentielle grise les uns et aveugle les autres. Or l'essentiel n'est pas de remporter la présidentielle, mais d'avoir une majorité parlementaire".

Comme on lui demande s'il s'agit d'une critique des candidats du PS aux primaires, il répond: "Non. Il y a heureusement plusieurs personnes à gauche qui peuvent légitiment penser qu'elles feraient un bon président de la République".

"Mais, ajoute-t-il, pour le moment, aucun d'entre eux ne se présente encore avec un programme porté par un mouvement de fond".

Il dépeint "deux images publiques du PS", l'une, celle "du travail de fond", incarnée "actuellement par Martine Aubry, Laurent Fabius et Elisabeth Guigou entre autres", et l'autre, "celle des impatients, candidats à la candidature qui se livrent à des +primaires sauvages+ en lançant un livre, ailleurs un slogan".

"A gauche certains pensent qu'en 2012, ce sera mécaniquement leur tour. Qu'il suffit d'attendre, comme devant un grand pendule de Foucault, le balancier naturel de l'alternance. Ceux-là se trompent ! Ils méconnaissent l'histoire de France. Les victoires de la gauche sont rares - et jamais improvisées !", conclut-il.