A Jarnac, le PS est venu chercher son «inspiration»

REPORTAGE Chacun a livré sa vision très personnelle de l'héritage de François Mitterrand...

Maud Pierron

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Segolene Royal (à g.), Mazarine Pingeot, Martine Aubry et Gilbert Mitterrand à la cérémonie pour le 15e anniversaire de la mort de François Mitterrand, à Jarnac, le 8 janvier 2011.
Segolene Royal (à g.), Mazarine Pingeot, Martine Aubry et Gilbert Mitterrand à la cérémonie pour le 15e anniversaire de la mort de François Mitterrand, à Jarnac, le 8 janvier 2011. — REUTERS/Regis Duvignau

De notre envoyée spéciale à Jarnac, Maud Pierron

«Il n’est pas question de faire d’interprétation politique», prévient Jack Lang, dans les allées du cimetière de Jarnac. Et pourtant, en ce 15e anniversaire de la mort de François Mitterrand, et bientôt le 30e anniversaire de son accession au pouvoir, le PS est venu en cette année pré-électorale chercher son «inspiration», car «il ne s’agit pas de dupliquer», a expliqué lors de son arrivée Martine Aubry.

Ce samedi, c’était une occasion symbolique pour les socialistes de se retrouver même s’il manquait des membres de la famille, notamment les strauss-kahniens. «Il y a là la première gauche et la deuxième gauche», relève Pierre Bergé. «C’est le premier président de la République de gauche, personne ne peut oublier cela», insiste cet ancien compagnon de route qui estime qu’aujourd’hui, «Mitterrand n’a pas d’héritiers».

Pierre Bergé veut voir dans la foule réunie, journalistes compris, dans le petit cimetière charentais «un signal politique fort» d’un ras-le-bol des Français à l'égard de la politique menée par Nicolas Sarkozy. La cérémonie de dépôt de gerbes a été réglée au millimimètre: Mazarine Pingeot, Ségolène Royal et Martine Aubry en ont chacune déposé une devant une nuée de journalistes.

L'héritage de la retraite à 60 ans

Si l’ancien Président «n’a pas d’héritier», il a en revanche laissé un, même, des héritages. A chacun le sien. «Que la gauche se réfère aux leçons de Mitterrand, c’est une bonne chose, à condition que ce soit sans tromperie», prévient Marie-Noëlle Lienneman après la cérémonie. Elle rappelle que fin 1995, Mitterrand l’avait fait venir à son domicile, pour «lui dire au revoir» et lui livrer ce testament: "Tenez bon sur l’union de la gauche, ils vont vous refaire le coup du centre". Il savait qu’il pouvait compter sur moi», relate cette proche de Martine Aubry, opposée à la tentation centriste de Royal.   

Dans la rue qui mène jusqu’à la maison natale de François Mitterrand, Bertrand Delanoë s’arrête sur le passé pour dire «merci» à l’ancien chef de l'Etat, quand «on réfléchit sur ce qu’on a reçu» de lui comme la «retraite à 60 ans». «De cela il faut s’en souvenir», relève Arnaud Montebourg, quelques pas derrière. Le candidat aux primaires, pourtant «pas miterrandolâtre», veut retenir que pour gagner, «il faut des idées et il faut aussi des rêves».

Ce samedi, tout le monde se souvient de Mitterrand le réconciliateur, celui des Français et de la gauche. «Il nous réunit, encore, au-delà des années», apprécie Ségolène Royal, elle qui «a envie de succéder à François Mitterrand», comme elle l’affirme dans un entretien au Monde ce samedi. Une sortie qui a quelque peu refroidi l’ambiance avec Martine Aubry. Pas de grande mise en scène sur l’amitié entre les deux femmes à Jarnac, même si elles se sont retrouvées à l'entrée du cimetière et devant la tombe de Mitterrand.

Amour pour les Français

«On retient ce qui nous inspire, a expliqué Martine Aubry. «Le volontarisme, le courage, l’amour de la France et la dignité dans laquelle il a porté sa fonction», a-t-elle énuméré. Royal, elle, s’est souvenue qu’il avait «la force de se remettre des épreuves et des échecs»... ce qu'elle aimerait imiter en 2012. Celle qui promeut «la preuve par l’exemple» a aussi retenu la nécessité «d’incarner un idéal» et en même temps, de faire dans le «concret». «C’est une leçon pour le présent, pour l’avenir», a ajouté la candidate aux primaires. Quant on lui demande si elle est l’héritière de François Mitterrand, elle répond: «Tous les socialistes doivent être l’héritier de Mitterrand.» A la même question, Martine Aubry rétorque: «Je me sens l’héritière de tous les socialistes». Encore une nuance entre les deux femmes.

Dans son discours d’avant repas, dans la salle des fêtes de Jarnac, le première secrétaire a tenu à mettre les choses au clair: «Il s’agit d’un hommage et non pas d’un pèlerinage.» De Mitterrand, a-t-elle dit, il faut se souvenir de son dernier discours, à Liévin en 1994, dans lequel il disait qu’il fallait être «fidèle à nos idéaux ceux de la gauche et de la République» et «nous (le) resterons», a-t-elle lancé au 400 convives, insistant notamment sur «la justice sociale».

Royal, elle, a rappelé le «courage» de l’ancien Président, de sa combativité pour arriver au pouvoir, et son «amour de la France et des Français». Malgré les divergences des deux dames du PS, la photo finale reste belle: Martine Aubry et Ségolène Royal ont déjeuné ensemble, avec Hubert Védrine, Mazarine Pingeot et Gilbert Mitterrand. On oubliera que Ségolène Royal s’est rapidement levée pour faire le tour des tables.