Ils ont (presque) tous quelque chose en eux de Mitterrand

POLITIQUE A l'heure des primaires, les candidats socialistes vus à travers le prisme de «tonton»...

Maud Pierron

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Montage photo avec François Hollande, Martine Aubry, Emmanuel Valls,  Arnaud Montebourg, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal.
Montage photo avec François Hollande, Martine Aubry, Emmanuel Valls, Arnaud Montebourg, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal. — SIPA

«Aujourd’hui, Mitterrand est une icône», juge Gérard Grunberg, politologue au Cévipof, spécialiste du PS. Et indépassable, puisque c’est le seul président socialiste de la Ve République. Pas étonnant que pour le 15e anniversaire de la mort de Mitterrand, au moment où le PS s’apprête à désigner son champion à la présidentielle, on passe.les candidats au «mitterrandomètre». «Ils sont tous des enfants de Mitterrand», assure le politologue. «Notamment parce qu’il a réconcilié les socialistes avec le pouvoir, il a fait du PS un parti de gouvernement». 20minutes.fr les a passé au crible.

Ségolène Royal
Un Mitterrand en jupon? A un moment, la rumeur courait même qu’elle était la fille cachée de Mitterrand…  Sa filiation avec Tonton est la plus évidente, notamment parce qu’elle s’y réfère très régulièrement. Encore dans sa dernière fête de la fraternité, elle a parlé de la «force tranquille». Niveau famille d’ailleurs, ils ont été élevés dans le même milieu: plutôt bourgeois, conservateur et catholique. La présidente de la région Poitou-Charentes a  été longtemps au cabinet de Mitterrand puis ministre.  C’est même lui qui lui a trouvé son ex-circonscription.  «C’est celle qui ressemble le plus à Mitterrand dans sa volonté inébranlable d’arriver au pouvoir», analyse Gérard Grunberg.

Celle qui croit à sa bonne étoile malgré les défaites - Mitterrand n’a-t-il pas été élu à sa 3e tentative? -  «a retenu de lui une capacité à nouer un lien direct avec les Français, que la politique est relation personnelle avec le peuple, ajoute Rémi Lefebvre, prof de sciences politiques à Reims. Mais elle oublie un peu vite que Mitterrand était un homme de parti, elle préfère l’évacuer».

Martine Aubry
Au contraire de Royal, époque Mitterrand à la conquête du pouvoir, la maire de Lille s’approcherait plus de l’homme du parti d’Epinay. Elle a pris le parti en 2008 au congrès de Reims au prix d’alliances contre nature, les «carpes et les lapins», comme Mitterrand au congrès d’Epinay en 1971. «Minoritaire, il a gagné en faisant les alliances qu’il fallait, car pour lui, l’important était d’avoir les rênes du parti», rappelle Gérard Grunberg. Sauf qu’il manque une chose essentielle à Aubry, sa détermination pour prendre le pouvoir. En témoigne ses atermoiements actuels sur une éventuelle candidature et sa déclaration à la dernière minute à Reims, le bras tordu par ses alliés.

François Hollande
Lui se serait incarné en Mitterrand tendance Epinay lors de sa décennie à la tête du PS. «Comme Mitterrand, il a été l’homme de la synthèse, celui qui a su trouver les alliances lors des élections» avec les partis partenaires, note Gérard Grunberg. «C’est un homme très intelligent et finalement, il  lui manquait la détermination, un défaut qu’il a désormais gommé», ajoute-t-il. 

Arnaud Montebourg
Pas facile de voir un lien direct entre les deux si ce n’est la Nièvre, terre de naissance du candidat aux primaires et de députation pour l’ancien président. «C’est un héritier de Mitterrand via Pierre Joxe», note Gérard Grunberg. Mais ça manque un peu de cohérence du côté du  «jeune lion». «Il veut être l’homme du coup d’éclat permanent, avec sa critique de la Ve République mais, dans le même temps, il lance les primaires au PS qui sont une grosse patente du parti aux institutions de la Ve République», analyse le politologue. Mitterrand, lui, était l’homme du coup d’éclat permanent lorsqu’il était dans l’opposition mais a peu à peu converti le PS à la Ve, en se faisant élire deux fois à l’Elysée. Et puis, c’est un détail, mais «comme Mitterrand, Montebourg est un avocat à l’art oratoire dans la tradition parlementaire de la IIIe ou Ive République». Et comme Mitterrand avait son pèlerinage à la roche de Solutré, Montebourg a le sien au Mont Beuvray.

Manuel Valls
Comme Mitterrand, il a dans son ADN la conquête du pouvoir. Et comme Mitterrand en son temps, certains se demandent aujourd’hui si Valls est vraiment socialiste voire de gauche. Mais c’est bien tout. Et pour cause, le député-maire d’Evry était un jeune rocardien, ennemi intime de François Mitterrand. «Valls  a ce côté très rocardien du ‘parler vrai’, de dire les choses qui dérange en se disant ‘tant pis si je suis minoritaire si je suis dans le vrai’», relève Grunberg.

Dominique Strauss-Kahn
C’est peut-être le moins mitterrandien de tous. Il n’a jamais démontré une «envie» de pouvoir, même s’il s’est déjà présenté aux primaires en 2006. Le parti et ses manœuvres ne l’intéressent pas plus. Esprit brillant, il a été nommé ministre de l’Industrie par Mitterrand en 1991, ministre star des Finances en 1997 sous Jospin. Mais «Tonton» avait avant tout «une grande culture littéraire», il ne «comprenait rien à l’économie», relève Rémi Lefebvre. A la différence de Strauss-Kahn, génie de l’économie.  Pas très mitterrandien donc mais c’est celui qui, s’il y va, a le plus de chance d’être élu contre Nicolas Sarkozy