Polémique sur le réveillon de la Saint-Sylvestre: sans chiffres, moins de voitures brûlées?

POLITIQUE La décision de Brice Hortefeux de ne pas publier de chiffres fait débat...

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Brice Hortefeux visite le dispositif de sécurité déployé pour le réveillon de la Saint-Sylvestre, à Paris, le 31 décembre 2010.
Brice Hortefeux visite le dispositif de sécurité déployé pour le réveillon de la Saint-Sylvestre, à Paris, le 31 décembre 2010. — HADJ/SIPA

Pas de chiffres, mais un début de polémique.Le réveillon de la Saint-Sylvestre a-t-il été aussi calme que le laissait penser le communiqué du ministère de l'Intérieur, qui avait décidé de ne pas publier le chiffre des voitures brûlées.

Le ministre de l'Intérieur avait annoncé mercredi que, comme pour le dernier 14-Juillet, il n'y aurait pas de bilan du nombre de véhicules brûlés dans la nuit du Nouvel an. «J'ai pris la décision de mettre fin au concours, au palmarès», déclarait-il.

Des chiffres courant janvier

«Il s'agit de mettre fin à cette tradition malsaine consistant à valoriser des actes criminels et le comportement de ceux qui incendient les voitures des honnêtes gens», confirmait-il dans un communiqué, au matin du 1er janvier.

«Pour autant, ajoutait-il, il ne s'agit pas de cacher ou de masquer une quelconque réalité»: un bilan annuel du nombre des voitures brûlées sera rendu public courant janvier.

«Sans incident majeur»

Il annonçait dans le même temps que 501 personnes avaient été interpellées (contre 405 en 2010) et se félicitait que la nuit se soit déroulée «sans incident majeur», grâce aux 53.820 policiers et gendarmes mobilisés.

Les services de police ont toutefois fait état, depuis, de plusieurs faits divers: une femme danoise tuée par un chauffard à Paris, une jeune Russe enlevée et violée, un disc-jockey passé à tabac en Seine-Saint-Denis...

«Au nom de quoi le ministre de l'Intérieur décide de cacher les chiffres qui concernent le nombre de voitures brûlées?»

«Sans surprise, le premier communiqué du ministère de l'Intérieur est minimaliste», déclarait samedi Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national du PS chargé de la sécurité, en réclamant «un bilan transparent».

«C'est très dangereux dans une démocratie que de donner le sentiment de masquer la réalité et la vérité (...). Au nom de quoi le ministre de l'Intérieur décide de cacher les chiffres qui concernent le nombre de voitures brûlées?», renchérissait dimanche Manuel Valls, député-maire PS d'Evry.

«Ce qui est important, c'est qu'il y ait de moins en moins de voitures brûlées»

«La polémique sur la publication ou pas du chiffre est politique et n'apporte rien au débat», a commenté Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance (2e syndicat de gardiens de la paix).

«Ce qui est important, c'est qu'il y ait de moins en moins de voitures brûlées» et de «comportements déviants», a-t-il déclaré, tout en jugeant «assez bonne» la décision de ne pas publier de chiffres pour éviter «la surenchère».

Pas un indicateur

Cette décision est «politique», a estimé Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie (second syndicat d'officiers de police).

«Depuis des années, ces chiffres ont, plus ou moins, été présentés sous un jour favorable ou défavorable, selon les gouvernements», a-t-il poursuivi. Un feu de voiture se propageant à d'autres véhicules était par exemple comptabilisé comme un seul incendie, ou un feu dans un box était enregistré comme un incendie immobilier.

Nicolas Comte enfin, secrétaire général d'Unité-SGP-police-FO (1er syndicat de gardiens de la paix), estime que c'était «une erreur» de considérer les voitures brûlées «comme une espèce d'indicateur» des violences urbaines. Lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy disait lui-même qu'il allait faire baisser ce chiffre, a-t-il ajouté.

Ce comptage, dit-il, «n'avait pas de sens». Pour lui, «le plus important, c'est le niveau des forces de l'ordre qu'on est obligé de déployer pour maintenir un minimum d'ordre pendant la nuit de la Saint-Sylvestre...»