Côte d'Ivoire: Paris estime que Gbagbo peut encore prétendre à une "sortie honorable"

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La ministre française des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a estimé vendredi que le président sortant ivoirien Laurent Gbagbo avait encore droit à une "sortie honorable", mais a prévenu que cette perspective s'éloignerait si les violences se poursuivent.

"M. Gbagbo a encore la possibilité de sortir par le haut de cette situation, en reconnaissant ce que sont les résultats et en transmettant le pouvoir", a déclaré la ministre française sur la radio privée RMC-BFMTV.

"Il a le droit d'avoir une sortie tout à fait honorable (...), mais plus le temps passe et plus il y a de dérapages et de violences et plus cette perspective s'éloigne", a-t-elle mis en garde.

La ministre était interrogée pour savoir si des pays avaient proposé à Laurent Gbagbo de l'accueillir en exil.

Selon un haut responsable français, la France et d'autres pays dont les Etats-Unis ont proposé de multiples options à Laurent Gbagbo pour qu'il quitte le pouvoir au lendemain de la présidentielle du 28 novembre. "On lui a tout proposé, il n'a rien accepté", a dit à l'AFP ce responsable sous couvert d'anonymat, alors qu'il était interrogé pour savoir si la France avait proposé à Laurent Gbagbo de l'accueillir sur son sol.

Outre les sanctions déjà en oeuvre, "s'il y avait des atrocités commises il y aura des suites judiciaires au niveau international", a aussi mis en garde Michèle Alliot-Marie.

"Ces procédures seront mises en oeuvre envers les gens qui ont commis directement (des atrocités) et envers les gens qui auraient commandé cela", a-t-elle dit, en évoquant implicitement Laurent Gbagbo. "C'est un avertissement en même temps que c'est une alerte: il faut que ceci s'arrête", a-t-elle dit.

Les violences post-électorales ont fait 173 morts selon l'ONU. Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a adopté une résolution dénonçant les "atrocités" commises après la présidentielle.

Le camp d'Alassane Ouattara, président ivoirien reconnu par la communauté internationale, a demandé jeudi une mission de la Cour pénale internationale pour enquêter sur ces violences.

"Il n'y a pas de menace directe sur les Français ou les Européens", a aussi estimé Mme Alliot-Marie, alors que Paris a recommandé mercredi aux Français de quitter "provisoirement" la Côte d'Ivoire.

Quelques 14.000 Français ou Franco-Ivoiriens sont enregistrés en Côte d'Ivoire. Près de 1.500 d'entre eux ont quitté le pays, dans la plupart des cas pour les fêtes de Noël et de fin d'année et non en raison de menaces pour leur sécurité.

Depuis le scrutin de fin novembre, la Côte d'Ivoire connaît une grave crise politique, le président sortant Laurent Gbagbo voulant se maintenir au pouvoir face à Alassane Ouattara, désigné vainqueur par la Commission électorale indépendante avec 54,10% des voix.