Le PS mise sur le porte-à-porte façon Obama pour gagner en 2012

© 2010 AFP

— 

"L'abstentionniste de gauche" n'a qu'à bien se tenir : d'ici à 2012, le PS concentrera sur ce sympathisant indécis les efforts d'une campagne de porte-à-porte de dimension "industrielle", façon Obama, objet ce week-end d'une journée de formation à la fédération de Gironde.

Ils sont trois étudiants français des prestigieuses universités bostonienne d'Harvard, pour Guillaume Liegey et Arthur Muller, ou du MIT pour Vincent Pons. Ils y ont découvert le nerf de la campagne de Barack Obama, le contact de terrain avec l'électeur, où toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre. Arthur lui-même a fait du porte-à-porte pour le candidat démocrate pendant une journée entière.

Ils décident alors de mettre leur trouvaille et leur sens de la rationalisation au service de leur parti préféré. "On n'invente pas le porte-à-porte, évidemment, mais on le systématise", résume Arthur.

Après une première expérience convaincante, lors des régionales en Ile-de-France, l'équipe vise désormais pour 2012 la mise en place de 200.000 à 300.000 personnes prêtes à aller à la rencontre de l'électeur. Ce qui dépasse largement le nombre de militants actifs du PS et nécessitera un recrutement massif de "volontaires".

C'était l'objet de la "formation à la mobilisation de terrain", samedi à la fédération de Gironde, une des sept désignées comme "pilotes" par le PS pour l'organisation des primaires. Une vingtaine de formateurs du parti ont suivi le cours.

Les étudiants distribuent leur vade-mecum à l'assistance, à la fois guide de conseils et plan de bataille à destination des "mobilisateurs".

Comment recruter les volontaires? "Démultipliez vos efforts par une méthode +virale+ ou +boule de neige+". En clair, parlez-en à tous vos proches et n'hésitez pas "à transformer le dîner de Noël en atelier de recrutement".

Quelle cible? Un abstentionniste sur 14 irait voter après un porte-à-porte pour le parti dont il est sympathisant. On vise donc ici "l'abstentionniste de gauche", et tambour battant.

Si la personne visitée n'est pas dans la cible, on n'y consacre "pas plus de trois minutes". Et même avec un coeur de cible, "pas plus de sept minutes", quitte à revenir. "Ne pas rester boire le thé!", préconise le manuel. "Ne partez pas grossièrement quand même", tempère Arthur.

Au coeur de la formation figure le "jeu de rôle", auquel les "mobilisateurs" devront à leur tour initier les volontaires.

Un binôme de "visiteurs" est constitué, et un troisième militant joue l'électeur. Alain, de Narbonne, campe un agriculteur "anti-Sarkozy" mais "pro-Marine", et Quentin, jeune socialiste bordelais, un "coeur de cible", mais réellement décidé à ne pas aller voter. Pas plus de trois minutes chez eux, donc. En revanche, un troisième binôme se fait taper sur les doigts, pour n'avoir pas assez insisté auprès d'un "écologiste" qui n'aurait sans doute demandé qu'à être convaincu.

Les militants s'amusent, et finissent par donner leurs trucs de terrain : "Dans un immeuble, toujours commencer par le haut, parce que quand on est mal reçu chez deux ou trois personnes, après c'est plus facile de descendre que de monter", explique Alain.

Pour résoudre ce problème de découragement, Guillaume, Arthur et Vincent ont leur propre méthode à l'américaine, la "fiche de feedback à compléter par les volontaires".

Deux écoles pour une même motivation. Alain salue "l'enthousiasme" des étudiants, mais juge qu'ils devront "s'adapter" aux militants traditionnels. Pour lui, "une petite vidéo de trois minutes de Martine" Aubry, distribuée aux fédérations pour soutenir cette formation ne serait peut-être pas de trop...