Contrat Sawari II: le juge van Ruymbeke va enquêter avec un autre juge

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Le juge Renaud van Ruymbeke, qui enquête sur un volet de l'affaire Karachi, a été désigné pour enquêter avec le juge Roger Le Loire sur les dessous d'un contrat d'armement avec l'Arabie saoudite en 1994, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.

Le juge van Ruymbeke avait demandé fin novembre au parquet de Paris d'élargir ses investigations à ce contrat "Sawari II", conclu en novembre 1994.

Plutôt que d'accorder au juge ces nouvelles investigations, le parquet avait ouvert mardi une information judiciaire distincte sur les dessous de ce contrat. Craignant qu'un autre juge soit saisi, l'avocat des parties civiles, Me Olivier Morice, avait alors dénoncé un "saucissonnage judiciaire".

Finalement, la présidence du tribunal a désigné les juges du pôle financier de Paris Le Loire et van Ruymbeke pour conduire ce volet de l'enquête ouverte pour "abus de biens sociaux, recel et complicité de recel".

"Les parties civiles ne peuvent que se féliciter de leur intervention auprès de la présidence" du tribunal, a réagi vendredi Me Morice auprès de l'AFP.

Le contrat "Sawari II" portait sur la vente à Ryad de trois frégates Lafayette pour un montant d'environ 19 milliards de francs (près de 3 milliards d'euros).

Le montant des commissions, légales jusqu'en 2000, s'élevait à 18 % du contrat.

Selon plusieurs témoignages, ces commissions ont elles-mêmes pu donner lieu au versement de rétrocommissions de décideurs français, en vue de financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole.

Un montant important de ces paiements n'a finalement pas été honoré, Jacques Chirac ayant stoppé les versements après son élection en 1995. L'arrêt du versement des commissions est une piste explorée pour expliquer l'attentat de Karachi qui avait tué 15 personnes, dont 11 salariés français de la Direction des constructions navales (DCN) en 2002.

Selon plusieurs témoignages, deux intermédiaires libanais, Abdulrahman Al Assir et Ziad Takieddine, ont été imposés dans la dernière ligne droite par le cabinet du ministre de la Défense de M. Balladur, François Léotard pour servir d'intermédiaires dans le contrat "Sawari II" mais également dans la vente de sous-marins conventionnels Agosta au Pakistan conclue en septembre 1994.

M. Takieddine a reconnu être intervenu dans le contrat "Sawari II" mais pas dans le contrat "Agosta".