L'affaire Alexandre Guérini, une nébuleuse mêlant plusieurs dossiers

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L'affaire Alexandre Guérini, qui secoue le monde politique marseillais depuis l'incarcération, prolongée lundi, du frère du président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône, est un vaste dossier à tiroirs impliquant notamment des marchés publics présumés frauduleux.

Un premier volet concerne une société de collecte de déchets d'Aubagne, Queyras Environnement, dont le patron est un proche d'Alexandre Guérini, patron de décharges. Il a donné lieu à de premières mises en examen en juin.

On reproche notamment à Queyras d'avoir facturé à des collectivités des bennes collectées auprès d'entreprises privées, présentées comme des déchets publics. Ces malversations présumées se sont déroulées dans la décharge du Mentaure à la Ciotat, exploitée depuis 2004 par une société de M. Guérini, SMA Environnement.

Les enquêteurs s'intéressent aussi à l'extension de cette décharge, sous contrat avec l'agglomération d'Aubagne. Elle a donné lieu à un imbroglio autour d'un terrain, finalement déclaré d'utilité publique en 2006 par la préfecture. Le chantier s'est fait avec l'aide d'une subvention du département et a fait intervenir plusieurs sociétés sous-traitantes, dont deux gérées par une autre connaissance de M. Guérini, Damien Amoretti.

Cet entrepreneur en maçonnerie de Gardanne est mis en cause dans une autre enquête menée par les gendarmes marseillais et le juge Charles Duchaine, visant des marchés publics, présumés truqués, du conseil général de Haute-Corse.

Elle a débouché sur des incarcérations depuis octobre, dont celles d'un haut fonctionnaire insulaire, Pierre Olmeta, de son cousin Patrick Boudemaghe, arrêté en Espagne, et de M. Amoretti. Les marchés incriminés ont profité pendant plusieurs années à des sociétés gérées par MM. Boudemaghe et Amoretti, derrière lesquelles figure une société écran britannique contrôlée via les USA et ayant ses comptes au Luxembourg.

Autre ramification, le rôle de M. Amoretti dans la création, en 2006, d'une autre société de M. Guérini, SMA Vautubière, aux fins d'exploiter la décharge de La Fare-les-Oliviers pour l'agglomération de Salon. M. Amoretti prend 49% des parts mais les revend aussitôt à une société du Luxembourg, détenue par une autre au Panama, elle-même gérée par une entité financière suisse.

La Suisse, où les enquêteurs ont découvert un compte de six millions d'euros au nom de M. Guérini.

Aux gendarmes, selon des propos divulgués dans la presse, l'intéressé a expliqué que cette somme provenait de la vente au groupe Veolia d'une de ses anciennes sociétés, pour 25 millions d'euros. Il en aurait perçu vingt, en liquide car sa participation de 80% dans la société vendue était officieuse. Interrogé lundi par l'AFP, Veolia a confirmé ledit rachat, fin 2000, mais pour 33,4 millions.

Alors simple évasion fiscale? Ou corruption, détournement de fonds et blanchiment, comme M. Guérini, dont les sociétés ont engrangé 5 M EUR de bénéfices en 2009, en est soupçonné?

Une dernière piste concerne d'éventuels liens avec le milieu du banditisme, notamment le clan Barresi-Campanella, démantelé en juin dans le cadre d'une instruction parallèle. Ce dossier d'extorsion de fonds et de machines à sous mentionne aussi les noms de M. Amoretti et surtout de M. Boudemaghe, interlocuteur régulier de Bernard Barresi au téléphone.

En outre, leur entreprise de maçonnerie ABT à Gardanne, contrôlée par la même société écran britannique, a décroché des marchés avec le conseil général des Bouches-du-Rhône et ses antennes. L'audition de M. Boudemaghe, dont le transfert se fait attendre à Marseille, s'annonce déterminante. Avant celle, probable, d'élus marseillais.