Routes bloquées par la neige: la politique de l'Etat en question

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Le manque d'intérêt de l'Etat pour son réseau routier est en accusation, alors que les intempéries ont bloqué de nombreuses routes nationales cette semaine tant autour de Paris qu'en province.

L'essentiel des routes d'Ile-de-France ont été paralysées par de fortes chutes de neige mercredi mais les perturbations ont également touché de nombreux axes dans d'autres régions, comme la N12 (Paris-Brest) dans l'Ouest.

Les fédérations FO et CGT de l'Equipement ont immédiatement estimé que la galère des automobilistes était due notamment au "démantèlement des services de l'Etat" et "des réductions continues et massives des effectifs et des moyens".

L'Etat a procédé, depuis quelques années, au "transfert" aux départements de milliers de kilomètres de routes départementales, et a profondément réformé les bonnes vieilles DDE, les directions départementales de l'équipement, en transférant au passage quelque 30.000 agents.

Sur le papier, tout est prévu pour assurer la viabilité hivernale des 12.000 km de routes nationales et autoroutes non concédées que l'Etat gère encore, explique-t-on au ministère de l'Ecologie, qui chapeaute les transports: la mauvaise saison est préparée dès le printemps précédent, et toute la batterie nécessaire de chasse-neige et de saleuses est mise en place dès l'annonce d'un épisode neigeux.

"Dans la pratique, c'est le bordel", juge sévèrement un professionnel. A force d'être décentralisés --et regroupés en directions régionales--, les services de l'Etat ne sont plus coordonnés. Et ils sont en sous-effectifs, accuse-t-il, rejoignant les syndicats: "La RGPP (révision générale des politiques publiques) a laminé les services des routes!"

Dans une préfecture de province, on avoue aussi à demi-mot que les gendarmes n'ont pu intervenir, faute de pneus d'hiver.

"L'Etat n'a plus les moyens de déneiger les routes, et les budgets ne cessent de baisser", observe-t-on à l'Assemblée des départements de France (ADF), dont les membres doivent s'occuper de 385.000 km de routes départementales.

Pour déneiger certains cols de l'autoroute A75 (Clermont-Béziers), "l'Etat doit réquisitionner des fraises (de déneigement) du Puy-de-Dôme ou du Cantal", y soupire-t-on.

A l'issue d'une réunion avec les services de l'Etat vendredi, le secrétaire d'Etat aux Transports, Thierry Mariani, a estimé que "l'équipement est globalement suffisant".

"Après, on va voir comment on peut améliorer la coordination (...), essayer de trouver ce qui n'a pas marché", a-t-il ajouté, rappelant que le dernier épisode météo comparable remontait, selon lui, à 1987.

"La politique en matière de routes depuis quelques années se limite à dire qu'il faut faire des chemins de fer et du transfert modal (principalement de la voiture vers le rail, ndlr). Mais les Français continuent de se déplacer par la route!", accuse un acteur du secteur.

"On est en plein discours politiquement correct, en plein déni de la route", assène-t-il, ajoutant que le Grenelle de l'environnement a conduit à "une chasse aux ingénieurs des Ponts". Si bien que le savoir-faire de feu le ministère de l'Equipement s'est perdu.

Dans ce paysage routier national, il reste les 8.000 km d'autoroutes concédées, dont les voies doivent rester dégagées.

"Nous sommes, nous concessionnaires d'autoroutes, très fiers d'avoir maintenu notre réseau au noir (c'est-à-dire dégagé, ndlr), pendant toute cette crise", a relevé Pierre Coppey, président de Vinci Autoroutes.

"On a fait face, et on a proposé à la Direction des routes d'Ile-de-France de donner un coup de main pour la N118, qui est dans le prolongement de notre réseau, mais ils ne nous l'ont pas demandé", a-t-il ajouté.