Karachi: un ex-responsable de l'armement juge les commissions "injustifiées"

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Un ancien haut responsable de l'armement, Jean-Louis Porchier, a jugé "excessif et injustifié" le montant des commissions versées sur la vente de sous-marins au Pakistan en 1994, selon son audition en 2009 devant la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi publiée vendredi par Mediapart.

M. Porchier, contrôleur général des armées, a réalisé entre 1997 et 1999 deux rapports sur le contrat de vente de sous-marins Agosta de la Direction des constructions navales (DCN) signé en 1994 avec le Pakistan.

Le président Jacques Chirac a ordonné en 1995 l'interruption du versement de commissions sur des contrats d'armement, notamment celui-ci, en raison de forts soupçons de rétrocommissions.

Les commissions qui n'étaient "pas destinées aux parties françaises sur le contrat pakistanais s'élevaient à 555 millions de francs" (84,6 millions d'euros), a décrit M. Porchier lors de son audition en décembre 2009.

"Venaient ensuite s'ajouter, et cela constituait une grosse irrégularité, quelques dizaines de millions de francs pour la Sofma, 108 millions de francs pour les Chantiers de l'Atlantique et 100 millions pour DCNI", a ajouté l'ancien responsable sans préciser leur destination.

"On arrivait ainsi à un total de 800 millions de francs de commissions (122 millions d'euros), ce qui est totalement excessif et injustifié si on rapporte ce montant aux 1.083 millions de francs de la part de la DCN dans le contrat", a ajouté M. Porchier.

Il relate en outre les doutes d'un haut responsable du secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), Michel Ferrier, sur l'utilité de ce contrat.

"Ce contrat ne sert à rien (...). Ce contrat permet le recyclage d'argent pas très net du côté du Pakistan et du côté français il permet de verser des rétrocommissions", selon les propos de M. Ferrier relatés par le contrôleur général Porchier.

"Il y a 10% de rétrocommissions sur l'ensemble des FCE (commissions, ndlr). Sur ces 10%, il y en avait une partie pour la campagne électorale de M. Balladur et une autre pour M. Léotard", a encore dit M. Ferrier, selon M. Porchier.

Le contrôleur des armées a précisé n'avoir pas eu les moyens de vérifier ces déclarations. Entendu par la mission parlementaire, M. Ferrier a déclaré qu'il était "possible" qu'il ait tenu ces propos mais probablement au conditionnel.

Dans l'enquête sur l'attentat de Karachi, des juges antiterroristes ont orienté leurs investigations vers la piste de représailles pakistanaises après l'arrêt des versements de commissions.

Ces commissions pourraient avoir donné lieu à des rétrocommissions pour financer la campagne de M. Balladur, selon des témoignages et rapports versés au dossier, ce que ce dernier a toujours démenti.

Parallèlement, le juge Renaud Van Ruymbeke, qui enquête sur un volet financier de l'affaire Karachi, a entendu l'ancien patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Jacques Dewatre, à propos d'une éventuelle enquête des services secrets sur les soupçons de rétrocommissions.

"Je n'ai jamais eu connaissance d'une enquête demandée à la DGSE sur les commissions ou rétrocommissions des marchés d'armement", a-t-il dit selon la retranscription de son audition par Mediapart.

Ministre de la Défense en 1995, Charles Millon avait évoqué "des rapports des services secrets" pour étayer les soupçons de rétrocommissions.