Troisième municipale en trois ans à Corbeil-Essonnes

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Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter à Corbeil-Essonnes le 27 septembre 2009
Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter à Corbeil-Essonnes le 27 septembre 2009 — CHAMUSSY/SIPA

Pour la troisième fois en trois ans, après deux élections invalidées, les habitants de Corbeil-Essonnes se rendent aux urnes dimanche pour élire leur maire, sur fond de vives tensions entre le camp de Serge Dassault (UMP) et ses opposants de gauche, dont certains dénoncent un «système mafieux».

Mars 2008, octobre 2009, décembre 2011: trois élections municipales ont été organisées en trois ans, dans cette ville de l'Essonne dirigée de 1995 à 2009 par l'avionneur Serge Dassault, patron du Figaro. A tout le moins une situation relativement peu courante.

Le maire sortant, Jean-Pierre Bechter (UMP), bras droit de l'industriel, sera opposé à l'adversaire depuis quinze ans de Serge Dassault, Bruno Piriou (PCF), qui conduit une liste d'union de la gauche.

Un troisième candidat, Jean-François Bayle (SE), ancien adjoint de Serge Dassault à la mairie, va tenter de «mettre fin à la guerre froide (entre MM. Dassault et Piriou, ndlr) à Corbeil-Essonnes».

Grande inconnue de cette élection: le taux de participation. Généralement les élections partielles ne mobilisent guère les électeurs: la lassitude de ces derniers pourrait encore accentuer le phénomène.

En 2009, l'abstention avait été de 52,13% au premier tour, et de 49,3% au second.

La campagne, qui a officiellement démarré le 22 novembre, s'est déroulée dans une ambiance délétère. Deux véhicules ont été incendiés devant la propriété de Serge Dassault à Corbeil. Le 27 novembre, le député PS Manuel Valls, venu sur le marché des Tarterêts apporter son soutien à la liste de gauche, a été insulté et a reçu des oeufs.

Le 26 novembre, des «révélations» sur un «système Piriou», qui ferait écho à un «système Dassault», ont été faites par de jeunes Corbeil-Essonnois, anciens soutiens du communiste, lors d'une conférence de presse dans un bar à chicha.

Quatre jours plus tard, accusations similaires au Clos des Pinsons, la résidence de Serge Dassault à Corbeil, en présence de ses avocats.

En 2009, certains de ces jeunes hommes avaient témoigné par écrit au Conseil d'Etat sur des dons d'argent dont ils accusaient Serge Dassault. Ils s'étaient finalement rétractés.

Le Conseil d'Etat avait invalidé en juin 2009 la municipale de 2008, et déclaré inéligible pour un an Serge Dassault, pour ces «dons d'argent» qu'il a toujours contestés. Bruno Piriou avait été aussi déclaré inéligible pour un an pour invalidation de ses comptes de campagne.

Résultat: nouvelle élection, mais sans les deux rivaux habituels, et nouveau recours en Conseil d'Etat. Celui-ci s'est conclu le 22 septembre dernier par une annulation de l'élection remportée par Jean-Pierre Bechter, au motif que la mention du nom de Serge Dassault sur ses bulletins de vote avait été «de nature à semer le doute».

Les jeunes accusateurs de Bruno Piriou lui reprochent aujourd'hui de les avoir «manipulés», les poussant à produire de faux témoignages, ce que l'élu communiste réfute absolument.

Serge Dassault, qui a finalement renoncé à se représenter, a vivement défendu «le système Dassault, un système qui marche, qui construit», dans une interview au Monde daté de samedi. «Ce que veulent les gens c'est qu'on s'occupe d'eux, c'est comme les enfants», le «maire est le père de la commune», et «ça me fait plaisir de rendre service aux gens», a-t-il expliqué.

Le sénateur UMP a démenti une nouvelle fois catégoriquement avoir versé de l'argent: «Les gens qui viennent me demander quelque chose, je les envoie paître», «Je ne donne pas d'argent c'est tout à fait net, surtout pas pour les élections».