Lyne Cohen-Solal n'a pas le don d'ubiquité

POLITIQUE Elle comparaissait à Paris, avec Pierre Mauroy...

A Lille, Olivier Aballain

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Lyne Cohen-Solal, adjointe PS au maire de Paris, a été entendue mercredi à Lille dans le cadre de son affaire d'emploi fictif présumé en 1992, pour laquelle elle a été mise en examen en 2004 pour recel de détournement de fonds publics, a-t-on appris de source judiciaire.
Lyne Cohen-Solal, adjointe PS au maire de Paris, a été entendue mercredi à Lille dans le cadre de son affaire d'emploi fictif présumé en 1992, pour laquelle elle a été mise en examen en 2004 pour recel de détournement de fonds publics, a-t-on appris de source judiciaire. — Martin Bureau AFP/Archives

Paris, banlieue de Lille. L'une des blagues préférées des Lillois est en train de tourner à l'aigre pour Pierre Mauroy et Lyne Cohen-Solal. L'ancien premier ministre socialiste et l'actuelle adjointe (PS) au maire de Paris comparaissent cet après-midi devant le tribunal correctionnel de Lille pour abus de confiance et recel d'abus de confiance, dans une affaire d'emploi fictif datant de 1992.

Il est reproché à Lyne Cohen-Solal d'avoir profité d'un emploi d'attachée de presse à temps plein à la communauté urbaine de Lille, alors qu'elle était déjà employée à Paris à la rédaction en chef de l'hebdomadaire socialiste Vendredi. Une incongruité relevée en octobre 2000 par la chambre régionale des comptes, qui avait constaté que ni l'organigramme ni l'annuaire de la communauté urbaine (présidée par Pierre Mauroy de 1989 à 2008) ne faisaient mention de Lyne Cohen-Solal en 1992.

«Je n'avais pas besoin d'être physiquement présente à Lille pour ce travail, même si j'y allais régulièrement», s'est défendue l'élue parisienne à l'audience. Son ton est devenu plus agressif lorsque le président du jury s'est interrogé sur l'absence de justificatifs de voyages. «Je n'étais pas payée pour être cheminote, le téléphone ça existe et je passais beaucoup de temps en ligne avec Pierre Mauroy et Bernard Masset» (directeur de cabinet du maire de Lille, co-accusé pour complicité). C'est son entregent avec les journalistes, confirmé lors de l'instruction par les auditions (dont celle de Franz-Olivier Giesbert, alors au Figaro), qui intéressait Pierre Mauroy. «On en avait besoin pour donner confiance. La ville était dans une situation pas simple, je vous assure, avec Euralille (le nouveau quartier d'affaires) qui se construisait» en pleine crise.

Mais l'ancien premier ministre, qui a également mené le PS de 1988 à la fin 1991, n'a pas caché non plus qu'il cherchait une «situation provisoire» à sa collaboratrice dans le cadre du changement de direction au PS. «Avec l'arrivée de Laurent Fabius (devenu premier secrétaire en janvier 1992), elle risquait de perdre son poste. Alors je voulais la garder avec moi». Sauf que Laurent Fabius a gardé Lyne Cohen-Solal, prolongeant le double emploi. Les réquisitions du Parquet, rendues en personne par le Procureur de Lille, devraient tomber tard ce soir. Pierre Mauroy, encore sénateur du Nord, risque théoriquement jusqu'à trois ans de prison avec sursis. Mais sa comparution est déjà une victoire pour Eric Darques, un contribuable nordiste qui a porté plainte en juin 2000. Les faits avaient été considérés comme prescrits par la justice avant une décision de la cour de cassation en 2007.