Section PS de Sarcelles: l'ombre de "Dominique" et le désarroi de militants

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Bureau de section PS à Sarcelles. Ici, on ne parle pas de Strauss-Kahn, encore moins de DSK, on ne connaît que "Dominique". Dominique, ancien maire et ombre tutélaire de la ville, parti il y a trois ans à Washington, dont on espère le retour sans trop d'illusions.

Jeudi soir: les militants socialistes sont appelés à voter sur le texte "égalité réelle" et pour les candidats aux sénatoriales.

Le bureau de vote de la section socialiste de Sarcelles (299 inscrits pour une ville de 59.000 habitants) est niché dans une petite pièce miteuse, dans les immenses couloirs d'un bâtiment administratif jouxtant la mairie.

Les militants arrivent par petits groupes, tranquilles, sages, échangent quelques plaisanteries, s'attardent un peu. C'est Anna qui les fait voter. Anna La Rosa, 58 ans, gardienne d'école dans le civil, et colleuse d'affiches, distributrice de tracts et arpenteuse de marchés dans la vie militante. Anna la grande gueule, figure historique et attachante de la section sarcelloise.

"Tu as des nouvelles de Dominique ?", lance-t-elle au nouvel arrivant. "Il oublie un peu ses enfants, non ?", ajoute celle qui considère DSK "comme un père".

Maire de Sarcelles de 1995 à 1997, ancien député du Val d'Oise, l'actuel directeur général du FMI et présidentiable préféré des sondages "manque énormément" aux militants, affirme Anna, qui "ne l'a pas vu depuis un moment".

"La dernière fois qu'il est passé à Sarcelles, on s'est fait coucou de la main, de loin. Mais on ne s'est pas parlé. Et puis, je n'ai pas encore de mail...", dit-elle d'un ton hésitant.

Avant de se reprendre: "C'est le seul qui peut sauver la France. Il reviendra, c'est sûr". Et de se lancer dans une diatribe contre Ségolène Royal, accusée de toutes les turpitudes, et surtout de vouloir barrer la route à DSK dans la course aux primaires. Les noms d'oiseaux pleuvent de la bouche d'Anna.

A l'entrée du bureau, Marie Deroche, agent administratif de 48 ans, sourit. "Moi, je n'ai rien contre Ségolène, elle a voulu s'exprimer. Mais bon, c'est toujours un peu les mêmes rengaines. Nous, les militants, on est tenu en dehors de ça, de leurs histoires. Ils ont leur langage, leurs codes, on n'est pas dedans".

"Le départ de Dominique nous a fait quelque chose. On aimerait avoir un pilier, quelqu'un derrière qui on puisse se rassembler", ajoute-t-elle, une touche de désarroi dans la voix.

Dans le couloir, sous la lumière crue des néons, Michel Nedjar, le secrétaire de section, fait les cent pas, téléphone, s'assure que tel ou telle viendra bien voter.

Et évacue rapidement la question des primaires qui agite le PS depuis des semaines: "nous, on subit la politique de Sarkozy, alors les problèmes d'égo, hein... Notre réalité, c'est le chômage, les salaires qui baissent. Le reste, c'est de la poésie", lance-t-il.

Sur ce, arrivent Annick et Gilbert Morin, charmant couple de septuagénaires, incarnation parfaite d'une gauche associative et engagée.

"On en a vu d'autres!" s'amuse Annick, interrogée sur les soubresauts au sommet du PS. "Nous, on a milité à l'époque où il y avait encore des idées, avant 81, et c'est vrai que nous ne sommes pas très motivés par les générations actuelles", poursuit celle pour qui "DSK reste le candidat favori".

Gilbert, lui, sait gré à Martine Aubry de "travailler et d'avoir réussi à tenir le parti". "Mais il y aura toujours des gens incontrôlables au PS, et Ségolène en est une", sit-il dans un sourire, avant de soupirer: "pour nos sympathisants, c'est un peu difficile d'avoir à supporter des choses pareilles".