Emploi présumé fictif: le parquet requiert la relaxe pour Mauroy et Cohen-Solal

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Le parquet de Lille a requis vendredi la relaxe de l'ex-Premier ministre socialiste Pierre Mauroy et de Lyne Cohen-Solal à l'issue de leur procès pour un emploi fictif présumé au bénéfice de cette dernière à la communauté urbaine de Lille (CUDL) en 1992.

Pierre Mauroy est soupçonné d'avoir fait bénéficier sans contrepartie Lyne Cohen-Solal - actuellement adjointe au maire PS de Paris - d'un poste d'attachée de presse à la communauté urbaine de Lille (ex-CUDL, devenue LMCU) alors qu'elle était aussi rédactrice en chef de l'hebdomadaire socialiste Vendredi.

Le jugement a été mis en délibéré au 4 février prochain.

Conformément aux réquisitions de non-lieu prononcées par le parquet à l'issue de l'instruction, le procureur de la République, Frédéric Fèvre, a demandé au tribunal de "relaxer purement et simplement" les prévenus, poursuivis pour "abus de confiance" et "recel d'abus de confiance".

Il a également demandé la relaxe de Bernard Masset, ancien directeur de Pierre Mauroy à la CUDL, qui était poursuivi pour "complicité d'abus de confiance".

"La justice est-elle à même de démontrer que les rémunérations consenties à Mme Cohen-Solal l'ont été sans contrepartie? Le dossier ne le démontre pas", a affirmé le procureur.

Le renvoi de Pierre Mauroy en correctionnelle, malgré le non-lieu général requis en octobre 2009, conclut une longue procédure, issue d'une plainte en juin 2000 d'Eric Darques, ancien élu de l'agglomération lilloise, qui s'est posé pendant les débats comme le "défenseur de l'argent public".

Le conseil de Lyne Cohen-Solal a déploré "l'acharnement procédurier" d'Eric Darques.

M. Mauroy et Lyne Cohen-Solal avaient d'abord été mis en examen pour "détournement de fonds publics" - le préjudice supposé est évalué à l'équivalent de 19.654 euros - avant la requalification des faits.

A 82 ans, l'ancien chef de gouvernement a contesté pied à pied les éléments ayant conduit à son renvoi.

Il a longuement expliqué la mission de Mme Cohen-Solal, chargée de "vendre" le futur Euralille - troisième centre d'affaires français après la Défense à Paris et la Part-Dieu à Lyon - alors en construction.

"Ce qui m'intéressait, c'est le poste stratégique qu'elle avait au siège du parti, pour garder le contact avec les journalistes", a-t-il expliqué.

"Elle n'était pas aux 35 heures, c'était une responsabilité, une disponibilité permanente", a encore assuré l'ancien Premier ministre de François Mitterrand à la presse.

Interrogée sur ses visites espacées à Lille, Lyne Cohen-Solal a estimé qu'elle n'était "pas payée pour faire des aller-retours Paris-Lille (...). Nous travaillions beaucoup, avec Pierre Mauroy, à Paris, pour Lille".

Avant l'audience, Lyne Cohen-Solal, qui était aux côtés de Pierre Mauroy dès le début des années 1980 à Matignon, avait estimé que sa comparution était "le prix à payer" pour avoir été candidate à la mairie de Paris contre le maire sortant Jean Tiberi, en 1997.

Elle avait été à l'origine d'une plainte contre M. Tiberi dans l'affaire des faux électeurs du Ve arrondissement de Paris qui a valu à ce dernier une condamnation en 2009. M. Tiberi avait déposé une plainte dans l'affaire de la CUDL, classée sans suite.

Pierre Mauroy a cédé en 2008 la présidence de la communauté urbaine à Martine Aubry. Il a occupé le fauteuil de maire de Lille pendant 28 ans. Il ne sera pas candidat au renouvellement de son mandat de sénateur qui arrive à échéance en 2011.