Candidature de Ségolène Royal aux primaires socialistes: Décryptage d'une stratégie

POLITIQUE «Les primaires socialistes ont commencé aujourd’hui», résume Gérard Grunberg, politoloque au Cevipof et spécialiste du PS…

Maud Pierron

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Ségolène Royal, le 16 novembre 2010, à Paris.
Ségolène Royal, le 16 novembre 2010, à Paris. — Gonzalo Fuentes/ Reuters

En annonçant sa candidature aux primaires socialistes lundi soir par un entretien accordé à deux quotidiens régionaux, Ségolène Royal a pris ses camarades de court. 20minutes.fr fait le point sur sa stratégie.

Le timing
«On peut dire ce qu’on veut, mais elle a le sens du moment», admire Gérard Grunberg. «C’est simple, Royal a compris qu’il fallait qu’elle bouge si elle voulait exister. Avec DSK qui prend le large dans l’opinion, d’autres candidats dont son ex-mari, François Hollande, qui montent vraiment en puissance, la déclaration d’Arnaud Montebourg, elle risquait d’être étouffée, enfermée», juge le politologue. «Il faut qu’elle parte tôt parce qu’elle a été reléguée en troisième position, derrière DSK et Aubry dans les sondages.  Elle était donc contrainte à l’action», juge de son côté Rémi Lefebvre, prof de sciences politique à Reims.  Pour lui, «c’est plutôt malin» car «elle joue sur les faiblesses de ses adversaires, Martine Aubry et DSK qui, pour différentes raisons, ne peuvent se dévoiler: finalement, c’est la seule à abattre ses cartes». 

Le piège tendu à Strauss-Kahn
«On est dans le coup de billard à quinze bandes», juge Rémi Lefebvre. Sur France inter, Ségolène Royal a eu beaucoup d’égards vis-à-vis de Dominique Strauss-Kahn: «un responsable politique éminent», «le meilleur chef de gouvernement que la France pourrait avoir dans un contexte de crise monétaire». Mais, a-t-elle souligné, il ne s’est pas déclaré et a même dit qu’il comptait allait au bout de son mandat au FMI. «C’est une manière d’aller chercher DSK et le contraindre à sortir du bois, l’obliger à se positionner», analyse Rémi Lefebvre. Et donc le bloquer, puisque pour l’instant, il ne peut pas se déclarer officiellement. «C’est une forme d’injonction douce». Pour Gérard Grunberg, l’analyse est différente: «dire qu’il ferait un bon Premier ministre, c’est une façon de relativiser, de le désacraliser, de dire qu’il est un homme politique comme les autres». Elle se place d’égal à égal avec lui, annonçant que s’il se déclarait, alors, ils discuteraient du «meilleur dispositif gagnant». En tout cas, «en aucun cas une candidature doit être interprétée comme une tentative de barrer la route à Dominique Strauss-Kahn». On n’est pas obligé de la croire.

L’éviction de Martine Aubry
Quant à Martine Aubry, elle en a très peu parlé ce mardi matin, l’évinçant quasiment de la course des primaires. «Elle présente une alternative: DSK ou elle, sans parler de Martine Aubry. C’est très insultant à l’égard de la première secrétaire mais elle joue sur le silence d’Aubry, ses atermoiements. C’est l’écueil de la stratégie d’Aubry: partir le plus tard possible», juge Rémi Lefebvre. «Elle est en train de sortir Aubry du jeu»,  note Gérard Grunberg pour qui, désormais, «Aubry est en grande difficulté. Elle s’occupe du projet mais enfin, c’est quoi le projet? Les candidats ne vont pas apporter leurs idées?» Surtout, elle est soutenue par la gauche du PS, représenté par Benoît Hamon, qui pourrait présenter son candidat. «Il ne lui reste plus grand-chose aujourd’hui. Il faut qu’elle réfléchisse à sa propre candidature, on ne sait vraiment pas ce qu’elle veut», ajoute-t-il. 

Le coup du frigo bis de Royal
A La Rochelle, Ségolène Royal scandait «Unité, unité, unité».  Elle avait beau jeu puisqu’avant l’été, elle avait dit qu’elle cherchait, avec DSK et Aubry, un «dispositif gagnant» pour 2012 et préférait «faire le sacrifice d'une ambition personnelle et voir gagner la gauche». A l'époque, Royal disait encore qu'elle prendrait sa décision avec Martine Aubry et DSK, collectivement. Un peu comme, avant le congrès de Reims, elle avait mis ses «ambitions au frigidaire» pour rassembler autour d’elle… avant de présenter sa candidature. Elle a refait le même coup. Mais là, avec un autre objectif: non pas rassembler autour d’elle mais «restaurer son image», note Rémi Lefebvre. «C’était tactique». En jouant collectif, «elle a pris du recul, un peu effacé l’image d’agitée perturbatrice qui lui a coûté des points dans les sondages».  Et Martine Aubry lui a déroulé le tapis rouge. En la laissant par exemple la remplacer pour A vous de juger. «Aubry l’a remise en selle», note Lefebvre. «Mais elle n’avait pas trop le choix puisqu’elle se pose en rassembleuse, c’est son crédo. Elle pensait certainement neutraliser ses concurrents, mais elle a été naïve en pensant que ça allait durer», note-t-il encore. «Aubry et DSK ont pensé qu’ils pourraient la neutraliser, négocier avec elle en proposant un pacte mais c’est mal connaître Royal, ils l’ont sous-estimée», assure Gérard Grunberg.