WikiLeaks: la France apparaît comme une alliée résolue de Washington sur l'Iran

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La France apparaît comme une alliée résolue des Etats-Unis face à l'Iran dans les télégrammes des diplomates américains révélés par le site Wikileaks, même si la personnalité du président Nicolas Sarkozy suscite des réserves.

A plusieurs reprises, dans les quelque 250.000 câbles diplomatiques en partie révélés par Wikileaks, Paris est présenté comme fer de lance de la ligne dure de la communauté internationale vis-à-vis de l'Iran, soupçonné par les Occidentaux de vouloir se doter de l'arme nucléaire.

"Des responsables français de haut rang ont suggéré que la ligne dure de Sarkozy pouvait se révéler utile en tant que +pointe du glaive+ pour faire face au défi iranien", dit ainsi l'ambassade des Etats-Unis à Paris dans un mémo de novembre 2009.

Deux mois auparavant, le 16 septembre, le conseiller diplomatique du président français, Jean-David Lévitte, taxait la république islamique "d'Etat fasciste", jugeant le temps "venu de décider des prochaines étapes".

Dans cette discussion avec un sous-secrétaire d'Etat américain, Philip Gordon, M. Lévitte apparaît favorable au durcissement des sanctions contre Téhéran et critique de la politique de la main tendue de Barack Obama à son arrivée à la présidence des Etats-Unis.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, a refusé lundi de confirmer "aucun des propos attribués à des autorités et des diplomates français" dans ces câbles dont la publication a été qualifiée de "menace" par le gouvernement français.

Selon Le Monde, qui avec d'autres grands quotidiens internationaux a révélé dès dimanche une partie des documents, l'ambassade américaine à Paris explique ainsi la position de Nicolas Sarkozy sur l'Iran: "Une croyance ferme en la non-prolifération (pour préserver la dissuasion nucléaire de la France), une préoccupation réelle s'agissant de la menace pour Israël, et une colère personnelle liée à la façon dont l'Iran a essayé de manipuler la France y compris en détenant la Française Clotilde Reiss".

Jeune universitaire, Clotilde Reiss a été retenue dix mois en Iran (juillet 2009 à mai 2010) au moment où Paris militait pour de nouvelles sanctions contre Téhéran.

Tout juste arrivé au pouvoir, à l'été 2007, le chef de l'Etat français a bien tenté, sans résultat, une diplomatie secrète avec l'Iran à la demande d'Ali Akbar Velayati conseiller diplomatique du Guide suprême, Ali Khamenei, selon le quotidien français.

Mais "le gouvernement français est pleinement conscient que Téhéran essaye par ce canal de diviser" le groupe des grandes puissances traitant le dossier nucléaire, dit un télégramme de septembre 2007. Surtout "l'Elysée s'inquiète d'être tenu dans l'obscurité sur la question de savoir si et quand le moment viendra d'une frappe militaire", poursuit-il.

Car il ressort de ces échanges diplomatiques une certaine ambivalence américaine vis-à-vis de Nicolas Sarkozy.

L'arrivée au pouvoir en mai 2007 du "président le plus pro-américain depuis la Seconde Guerre mondiale" est accueillie avec enthousiasme par l'administration Bush. Mais il est d'abord considéré comme "un novice" en politique étrangère, selon des mémos cités par Le Monde, puis décrit comme "susceptible et autoritaire" par le département d'Etat.

D'autres télégrammes évoquent une fébrilité du président qui aurait tendance à "prendre l'initiative", "parler d'abord, consulter après", avec "un penchant (...) pour proposer des sommets à haut niveau".

Dans un document récent, daté du 5 février 2010, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, est ainsi cité: "On se sait jamais ce qu'il va se passer quand Sarkozy est impliqué" dans un dossier.