PS: les primaires victimes du pacte entre DSK, Aubry et Royal?

POLITIQUE Le pacte entre Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal compromet le processus de désignation du candidat socialiste à la présidentielle...

Matthieu Goar et Catherine Fournier

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Ségolène Royal, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn.
Ségolène Royal, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. — AFP PHOTO

Les sourires de La Rochelle n’étaient donc pas seulement de façade. Martine Aubry a officialisé l’existence d’un pacte de non-agression entre elle, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal. «Nous avons déjà dit que nous réfléchissons ensemble (…) donc nous proposerons une candidature véritablement ensemble, c'est-à-dire pas l'un contre l'autre ou l'une contre l'autre», a expliqué la Première secrétaire sur les ondes de France Info, ce jeudi matin. Laurent Fabius a lui aussi rejoint la petite équipe en vantant les mérites de DSK sur Europe 1.

Cette alliance des mastodontes ouvre un boulevard à Dominique Strauss-Kahn, mieux placé dans les sondages. Mais elle suspend tout l’appareil du PS au calendrier du directeur du FMI dont on ne sait toujours pas s’il se lancera dans la course. Et pendant ce temps-là, les outsiders trépignent. François Hollande a demandé à ses camarades sur RTL d’éviter que les primaires de l’automne 2011 ne se transforment en une «ratification». «Il faut d’abord saluer le souci de transparence, explique Stéphane Le Foll, proche de Hollande. Mais maintenant que les choses sont claires, pourquoi ne pas accélérer les choses et désigner notre candidat avant l’été 2011? » Une accélération n’arrangerait pas du tout DSK, engagé au Fonds monétaire international.

Aubry? DSK? Royal?

Sur l’issue de ce pacte de non-agression, les avis des experts divergent. Rémy Lefebvre, professeur de Sciences politiques à l'Université de Lille 2, et spécialiste du PS, estime qu’il bénéficiera à Martine Aubry. «Elle a marqué des points récemment pour être candidate, avec le conflit social sur les retraites, le rapport sur l’égalité réelle de Benoît Hamon, l’attaque de Mélenchon contre DSK. La grande faiblesse de ce dernier, poursuit Rémy Lefebvre, c’est qu’il n’est pas maître de l’agenda socialiste. Et son image s’est droitisée.»

Gérard Grunberg, historien du Parti socialiste, estime au contraire qu’«entre l’intervention d’Anne Sinclair sur Canal Plus et les déclarations de Fabius ce jeudi matin, il semble que DSK s’apprête à y aller. Et puis si Martine Aubry voulait vraiment se présenter, elle n’attendrait pas que DSK se présente. Ce n’est pas clair chez elle», estime le spécialiste. Selon lui, «Martine Aubry est prise dans une alliance de plus en plus à gauche avec Hamon et un parti qui a envie d’arriver au pouvoir. Un duel DSK-Hamon serait une situation ingérable. C’est pourquoi ils veulent repousser au plus possible tout ça.»

Quant à Ségolène Royal, si cette règle de non-concurrence est posée, «c’est elle qui a le plus à perdre, juge Rémy Lefebvre, car elle est la moins bien placée. Elle n’a ni la légitimité des sondages de DSK, ni la légitimité partisane de Martine Aubry.» Malgré tout, le spécialiste estimait récemment qu’elle peut encore être le caillou qui fait dérailler la machine. «Elle est trop versatile et imprévisible pour prendre ses paroles pour argent comptant».