"L'hyper Premier ministre ça n'existe pas", dit Fillon aux sénateurs

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François Fillon a rejeté l'appelation d'hyper Premier ministre, une fonction qui n'existe "aucunement dans les institutions", et réaffirmé que réformes et rigueur caractériseraient l'action du gouvernement, jeudi lors de sa déclaration de politique générale au Sénat.

Son discours "resserré" de la veille à l'Assemblée, d'une durée de 45 minutes, avait été lu dans le même temps aux sénateurs par le numéro deux du gouvernement Alain Juppé. Mais le Premier ministre a lui-même pris un quart d'heure pour s'adresser à la Haute assemblée, où la majorité s'estime insuffisamment considérée et connaît des tiraillements.

"Votre gouvernement doit respecter, renforcer, partager la pratique parlementaire de coopération", a prévenu le patron du groupe UMP, Gérard Longuet, resté à la porte du gouvernement lors du remaniement.

La majorité "est au service du gouvernement dès lors que votre gouvernement accepte de s'appuyer sur cette richesse", a-t-il insisté.

François Fillon avait auparavant reçu une nouvelle ovation debout. Et, au terme des débats, il a obtenu l'approbation du Sénat (180 contre 153), comme il avait obtenu sans surprise la veille la confiance des députés, avec le soutien des centristes.

En sollicitant ces votes, il ne s'agissait pas "d'assouvir les prétentions de je ne sais quel +hyper Premier ministre+ qui n'existe aucunement dans nos institutions", a souligné M. Fillon, dont le maintien à Matignon a prêté à débat sur le nouveau rapport de force au sein de l'exécutif.

Plus consensuel que devant l'Assemblée -où il s'en était pris à l'opposition-, sortant plus fréquemment de son discours, il a énuméré les grandes réformes à l'agenda.

"Nous allons ouvrir le chantier de la fiscalité", "dégager des solutions face au problème de la dépendance", "moderniser le fonctionnement de la justice", a-t-il expliqué, marquant en outre le souci de "conforter les deux piliers de la République: l'autorité de l'Etat face à la violence, l'égalité des chances par l'éducation et la formation".

Il a été applaudi en notant vouloir "apporter une réponse" à la question "difficile et urgente" du financement des conseils généraux.

Avec la crise, certains départements ont vu leurs recettes baisser et leurs dépenses sociales exploser, notamment en raison de transferts de charges non compensés par l'Etat.

Mais, dans le même temps, François Fillon a rappelé la nécessaire "discipline budgétaire".

Alors que la colère des centristes face au remaniement a pris corps au Sénat avec la constitution par Jean-Pierre Raffarin d'un mouvement propre au sein du groupe UMP, il a également tenu à "rendre hommage" à sa majorité.

Surtout, il a manifesté la volonté de dépasser les clivages. "Sous le choc de la crise", la France s'est tenue au-dessus des "ornières boueuses" que sont "le protectionnisme", "le populisme" et "la xénophobie", a-t-il dit.

"Il n'y a pas un peuple de droite et un peuple de gauche. Il n'y a que des Français, avec leurs doutes, que je ne sous-estime pas, avec leurs espoirs, si difficiles parfois à combler".

"Vous faites la politique du pire", lui a rétorqué la présidente du groupe CRC-SPG (communiste et Parti de gauche), Nicole Borvo Cohen-Seat. Yvon Collin, patron du groupe RDSE (à majorité radicaux de gauche), l'a appelé à "entendre les justes doléances des Français".

Quant aux centristes, ils se sont dits "soucieux de préserver" leur "liberté de jugement".