Karachi: Villepin a redit ses «convictions très fortes» que des rétrocommissions ont financé la campagne de Balladur

JUSTICE L'avocat des familles des victimes a évoqué l'attitude «surréaliste» de l'ex-Premier ministre pendant cette audition de 4 heures...

Avec Reuters

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L'audition a duré quatre heures et demi. Dominique de Villepin est sorti un peu avant 19h du pôle financier du tribunal de Paris où il était entendu ce jeudi comme témoin par le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke dans le cadre de l’affaire Karachi.

L'ex-Premier ministre s'est fendu d'une courte déclaration devant les journalistes. «J'ai indiqué qu'il ne pouvait y avoir aucun lien entre l'attentat de Karachi et l'arrêt décidé par le président Jacques Chirac des commissions», a-t-il répété. Je souhaite que toute la lumière puisse être faite sur ce drame et que la justice puisse faire son travail en toute indépendance. C'est indispensable pour que la République puisse retrouver toute la sérénité nécessaire.»

«Convictions très fortes»

Et, s'il n'a pas réitéré devant la presse ses «soupçons» quant à l'existence d'une corruption de décideurs français en marge de la vente des sous-marins, son avocat, Olivier Metzner, s'en est chargé. Il a souligné que son client avait redit ses «convictions très fortes» que des rétrocommissions sur des contrats d'armement ont pu financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Ces soupçons proviendraient bien d'écoutes téléphoniques menées en 1995, mais elles étaient du ressort Matignon, a ajouté le conseil.

L'ancien secrétaire général de l'Elysée (1995-2002) était appelé à dire ce qu'il sait d'une possible affaire de corruption pendant la campagne présidentielle de 1995, en marge d'une vente de sous-marins au Pakistan par la Direction des constructions navales (DCN). L'arrêt de paiements à des intermédiaires, décidé par Jacques Chirac après son élection à l'Elysée en 1995, n'a «aucun lien» avec l'attentat de Karachi qui a tué onze Français qui travaillaient à la construction des sous-marins en 2002, a réaffirmé l'ex-Premier ministre (2005-2007) à la presse.

Attitude «surréaliste»

L'avocat des familles de victimes de l'attentat de Karachi, Olivier Morice, assistait à l'interrogatoire. Il a confimé que Dominique de Villepin avait indiqué n'avoir «pas souvenir de menaces relayées avant l'attentat». En revanche, quinze jours après, «il a eu connaissance du fait que l'une des pistes évoquées, en plus de celle d'Al-Qaida, était l'instrumentalisation de l'attentat par les services secrets pakistanais.»

Olivier Morice a évoqué l'attitude «surréaliste» de Dominique de Villepin pendant cette audition. «J'ai vu un homme arriver dans sa superbe et puis, manifestement en toute honnêteté, être confronté à un conflit de loyauté. Il sait qu'il est capable de mettre des noms de personnes derrière les accusations qu'il formule mais qu'il ne le fait pas par peur de mettre des gens de sa famille politique en difficulté.»

Malgré tout, l'ex-Premier ministre souhaite que tous les documents relatifs à cette affaire soient «déclassifiés» car ils ne contiennent pas «d'informations susceptibles de mettre en difficulté les intérêts supérieurs de la Nation», a signalé Olivier Morice. L'audition de Dominique de Villepin intervenait alors que des éléments collectés dans deux instructions distinctes mettent à jour des circuits financiers suspects, sans cependant apporter non plus la preuve formelle de la corruption.