Amine Bénalia-Brouch: «Brice Hortefeux ne parlait pas des Auvergnats»

INTERVIEW Le jeune homme, victime de la blague de Brice Hortefeux, «quand il y en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes» expose dans un livre sa version des faits...

Propos recueillis par Oriane Raffin

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Capture d'écran de la vidéo où Amine défend Brice Hortefeux après la polémique provoquée par les propos du ministre de l'Intérieur à son égard en marge des universités d'été de l'UMP.
Capture d'écran de la vidéo où Amine défend Brice Hortefeux après la polémique provoquée par les propos du ministre de l'Intérieur à son égard en marge des universités d'été de l'UMP. — DR

La vidéo avait fait le tour du Web, provoquant une forte polémique. Lors de l’université d’été des Jeunes populaires, à Seignosse, en 2009, Brice Hortefeux s’adressant à un jeune d’origine maghrébine déclare: «quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes». Le jeune en question, c’est Amine Bénalia-Brouch, militant UMP des Landes, qui, dans un premier temps, soutiendra le ministre. Aujourd’hui, il publie «Confessions d’un sarkozyste repenti» aux éditions JC Gawsewitch, un livre où il entend dénoncer les «manipulations, mensonges et autres trahisons».

Comment avez-vous vécu les propos de Brice Hortefeux?
Très clairement, sur le coup, je n’ai rien vu du tout. Il y avait des messages politiques dans les hauts-parleurs, des ricanements, beaucoup de monde parlait. Et puis j’étais obnubilé par la photo avec le ministre. Je ne m’en suis rendu compte que quand j’ai vu la vidéo, sur Internet. Là, j’ai eu les larmes qui me sont montées aux yeux, une boule au ventre que j’ai aujourd’hui encore. Il ne parlait pas des Auvergnats.

Vous avez rencontré Brice Hortefeux à deux reprises, comment cela s’est-il passé?
Ça ne le touchait pas du tout. Au deuxième rendez-vous, je lui ai dit «vous êtes ministre, j’imagine mal un magistrat s’en prendre à un ministre de l’Intérieur en exercice». Il m’a répondu «vous savez Monsieur Bénalia, là où il y a justice, il y a danger». Ça m’a choqué.

Dans votre livre, vous évoquez des difficultés à trouver un emploi, des menaces de mort suite à la polémique, est-ce toujours le cas aujourd’hui?
Non, aujourd’hui dans la rue ce n’est plus difficile. Depuis que j’ai quitté l’UMP, je suis même devenu plus populaire. On me dit «enfin, Amine, tu as dit la vérité». J’ai pu récupérer ma dignité. Ce n’était pas facile pour moi. C’est aussi pour ça qu’à l’époque je n’avais pas fait de plateau télé.

Avez-vous le sentiment d’avoir été «l’arabe de service»?
Si je l’ai été, je le regrette. J’étais vraiment engagé politiquement. Mais c’est vrai qu’ils jouaient cette carte de la diversité.

Pourquoi avez-vous quitté l’UMP?
La politique de l’UMP est décalée, au niveau de l’extrême. Je n’étais plus d’accord. Le débat sur l’identité nationale, la venue de Philippe de Villiers, mais aussi la stigmatisation des Roms. Voir des petits de 4 ans expulsés, je ne voulais pas.

C’est donc une décision purement politique?
Oui, j’ai décidé de quitter l’UMP en raison de sa politique.

Aujourd’hui vous avez rejoint République solidaire, le parti de Dominique de Villepin. Vous n’avez donc pas été dégoûté par la politique?
Non, ça ne m’a pas refroidi, au contraire! En aucun cas, c’est en raison d’une haine pour Nicolas Sarkozy. Mais j’en avais marre de l’UMP, de la stigmatisation. Ce que je sais aussi, c’est que la prochaine fois, si j’ai quelque chose à dire, je le dirai tout de suite. Quand il y a des propos racistes, il faut réagir immédiatement.