François Fillon, entre continuité et action

POLITIQUE Le Premier ministre a prononcé son discours de politique générale mercredi...

Vincent Vantighem

— 

Le Premier ministre François Fillon lors de son discours, hier, à l'Assemblée nationale.
Le Premier ministre François Fillon lors de son discours, hier, à l'Assemblée nationale. — CHAMUSSY / SIPA

Roselyne Bachelot a été la première, mercredi après-midi, à fouler le marbre du Palais-Bourbon. En coulisses, François Fillon en était encore à peaufiner son discours de politique générale que la ministre de la Cohésion sociale, hilare, mimait déjà les « violons » qui accompagneraient immanquablement sa performance. Idolâtré par les députés de la majorité, honni par ceux de l'opposition, le Premier ministre a donc logiquement grimpé au perchoir dans un brouhaha d'applaudissements et de huées mêlés. « Depuis 2007, j'ai l'honneur de servir notre pays... », a-t-il attaqué, grave, avant d'être coupé par un député PS : « Ça fait long ! » Pourtant, ce n'est pas près de s'arrêter. Si son discours comptait douze pages, il n'a pas fallu attendre le troisième paragraphe pour en connaître la teneur : « Il ne s'agit pas d'improviser un chemin insolite, ni de vous détailler l'agenda des dix-huit mois à venir mais de tenir un cap ! »

Citant Victor Hugo et Charles Péguy pour appeler à « la continuité de l'action gouvernementale », l'homme de Sablé-sur-Sarthe aurait pu lui préférer Edmond de Rostand. Car si c'est bien un « cap » qui attend la majorité, c'est surtout un « roc ». « Que dis-je ? Une péninsule » à conquérir en dix-huit mois pour faire baisser le chômage, réduire les déficits, respecter les engagements du Grenelle de l'environnement, moderniser le système de protection sociale, rapprocher la justice des citoyens ou encore lutter contre l'insécurité... « Je vous le dis : nous allons continuer à réformer ! », a-t-il martelé. En mars dernier, Nicolas Sarkozy annonçait au Figaro Magazine une « pause » dans les réformes. Mais ce temps-là est bien révolu pour son ex-nouveau Premier ministre :  « Je refuse toute idée d'usure ou de pause. La pause est la marque des indécis.

Un statut d'homme fort de l'exécutif

Le bilan assumé –  « De quoi avons nous à rougir ? » –, la hausse d'impôts écartée, François Fillon, offensif, a passé la seconde moitié de son discours à vanter « l'élan des réformes ». Au premier rang desquelles figure celle de la fiscalité. « L'impôt, pour être légitime, doit être juste », a-t-il assuré provoquant l'arrivée de cris « Bettencourt ! Bettencourt ! » dans les rangs de l'opposition. François Fillon y a, à peine, prêté attention enchaînant sur « le fardeau de la dette qui pèse au-dessus de chaque berceau. »

Passant rapidement sur la consultation à venir sur la question de la dépendance, l'orateur du jour s'est montré plus disert sur sa « volonté de combattre l'insécurité, d'endiguer l'immigration clandestine et de rehausser les valeurs qui fondent la nation » ainsi que sur les réformes de la justice. En campagne pour sa propre succession, François Fillon avait dit qu'on « ne gagnait rien à changer de cap au milieu de l'action ». Auréolé de son nouveau statut d'homme fort au sommet de l'exécutif, il l'a répété, hier, avec plus de solennité encore : « Renoncer, douter, serait se parjurer devant l'histoire. »

Vote de confiance

Aux termes de l'article 49.1 de la Constitution, François Fillon a demandé au Parlement de renouveler sa confiance au gouvernement. Chose faite par 326 voix pour contre 226 à l'Assemblée. Ce matin, il sera au Sénat pour le même exercice.