Discours de François Fillon: «L'apparence du discours était grise, le fond beaucoup moins»

INTERVIEW – François Jost, sémiologue, décrypte l’intervention de François Fillon devant les députés ce mercredi...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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François Fillon lors de son discours de politique générale le 24 novembre 2010 à l'Assemblée nationale.
François Fillon lors de son discours de politique générale le 24 novembre 2010 à l'Assemblée nationale. — L.BONAVENTURE / AFP

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Après le maintien de François Fillon au gouvernement, certains sont allés jusqu’à parler d’hyper-Premier ministre, porté par sa cote de popularité et loin du simple collaborateur de Nicolas Sarkozy. Avez-vous vu un François Fillon nouveau ce mercredi?
Non, il n’a pas du tout fortement marqué sa différence. Le «je» a été très peu employé, au contraire du «nous», très pratique pour appeler à la cohésion. Un coup, il inclut la majorité, un coup le Président, un coup les Français. Sur la forme, c’est assez rudimentaire, il n’a pas le ton d’un tribun et il y a peu d’envolées lyriques. L’apparence du discours était grise, comme son costume et sa cravate. Mais sur le fond, c’est beaucoup moins gris.

C’est-à-dire?
Ce que le Premier ministre a fait très fortement, c’est remettre des valeurs en avant. Il a tracé des frontières entre le bien et le mal, le vrai et le faux, et placé son discours sur le terrain moral. En ce sens, il s’est montré relativement violent avec la gauche, en opposant la «vertu budgétaire» aux «mirages des 35h» par exemple ou en lui attribuant la responsabilité du «désenchantement des jeunes». Il a moralisé la différence entre la droite et la gauche et exclu l’opposition du «nous» fédérateur.

Est-ce nouveau?
Non, c’est complètement en continuité avec sa personnalité. Et avec les thèmes sarkozystes des années 2007 sur les valeurs, la réforme, etc. Il le fait juste sur un ton plus neutre mais assez dur. Disons que François Fillon, c’est un peu le double de Nicolas Sarkozy en présentable.

Qu’est-ce qui transpire de ses relations avec le Président dans ce discours?
Ce qui est intéressant, c’est la façon dont il l’a cité, à trois reprises environ. Une première fois, il l’a présenté comme l’inspirateur des réformes. Une deuxième fois, il s’est associé à lui en disant «avec le Président, nous voulons relever le défi...» et une troisième fois, comme un chef d’Etat qui «invite son gouvernement à aller plus loin...». Cela reflète l’évolution de leurs rapports.