Affaire Karachi: le PS réclame toute la transparence

ATTENTAT Nicolas Sarkozy a promis samedi qu'il déclassifierait les dossiers dont pourrait avoir besoin la justice...

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Plusieurs responsables socialistes ont saisi au bond dimanche la promesse faite la veille par Nicolas Sarkozy de "communiquer tous les documents" dans l'affaire de Karachi et réclament que le pouvoir lève réellement les derniers freins à l'enquête.
Plusieurs responsables socialistes ont saisi au bond dimanche la promesse faite la veille par Nicolas Sarkozy de "communiquer tous les documents" dans l'affaire de Karachi et réclament que le pouvoir lève réellement les derniers freins à l'enquête. — Aurore Marechal afp.com

Le chef de l'Etat avait promis samedi toute la transparence dans l'affaire Karachi. Le PS l'a pris au mot. Plusieurs responsables socialistes ont saisi au bond dimanche l'engagement de Nicolas Sarkozy à "communiquer tous les documents" dans l'affaire de Karachi et réclament que le pouvoir lève réellement les derniers freins à l'enquête.

Le premier à réagir a été Bernard Cazeneuve, rapporteur PS de la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi, qui a annoncé qu'il comptait demander la réouverture de ses travaux.

"Je suis surpris. A l'Assemblée, le ministre de la Défense et le garde des Sceaux sont venus dire qu'ils avaient déclassifié tous les documents à l'attention du juge d'instruction", a-t-il lancé.

 

Or "si le président de la République dit vrai aujourd'hui, et qu'il reste encore, dans les armoires de l'Etat, des documents à déclassifier, ces ministres sont venus mentir à la représentation nationale! Cela me choque".

Même son de cloche, du côté du président PS de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Jérôme Cahuzac, qui juge que la mission devrait "probablement" reprendre ses auditions.

Le député PS demande en outre que le nouveau garde des Sceaux, Michel Mercier, interrompe la procédure d'appel lancée par le parquet dans l'enquête diligentée par Renaud van Ruymbeke.

Le 7 octobre, le ministère public avait fait appel de la décision du juge parisien d'enquêter sur d'éventuelles rétrocommissions liées à la vente de sous-marins au Pakistan en 1994, faisant peser sur son instruction "une menace réelle d'interruption, voire d'annulation", a-t-il souligné.

"Aujourd'hui, tout arrêter serait incompris. On est arrivé à un point où le pouvoir n'a d'autre solution, en tous cas dans un premier temps, que de laisser faire les choses", a mis en garde l'élu du Lot-et-Garonne.

Pour le porte-parole du PS Benoît Hamon, les déclarations faites la veille par le chef de l'Etat valaient aveu : "il reconnaît qu'un certain nombre de documents n'avaient pas été déclassifiés".

Outre le cas précis des documents marqués "secret défense", le socialiste a aussi rappelé que le président (UMP) de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer avait refusé jusqu'à présent de transmettre à la justice le contenu d'auditions de la mission parlementaire sur Karachi.

Par ailleurs, "le Conseil constitutionnel a opposé le secret de la délibération des Sages" sur les modalités de la validation des comptes de campagne d'Edouard Balladur pour la présidentielle de 1995, a-t-il rappelé.

Désormais, il s'agit de "faire la clarté, pas simplement de dire qu'on va la faire, mais de passer aux actes et de transmettre les documents aux juges d'instruction", a insisté Benoît Hamon.

A droite, on préfère fustiger des "polémiques totalement politiciennes et pleines d'arrières-pensées", comme l'a dit le ministre du Travail Xavier Bertrand.

Les déclarations de Nicolas Sarkozy ne signifient pas "que l'on a caché quoi que ce soit" mais plutôt "que l'on est prêt à répondre à des demandes supplémentaires", a expliqué pour sa part le ministre de la Défense Alain Juppé.

Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire s'est lui "réjoui" de l'annonce présidentielle, prônant pour sa part une "transparence totale".

Dans ce dossier aux multiples ramifications, la justice soupçonne que l'attentat, qui avait coûté en 2002 la vie à 15 personnes dont 11 salariés français de la Direction de la Construction navale (DCN), soit lié à l'arrêt par Jacques Chirac du versement de commissions promises à des intermédiaires.