Une image de "pro" de la politique a rendu MAM indéracinable

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En héritant du Quai d'Orsay dimanche, Michèle Alliot-Marie a complété un grand chelem inédit des ministères régaliens, profitant de son statut de chiraquienne au professionnalisme loué.
En héritant du Quai d'Orsay dimanche, Michèle Alliot-Marie a complété un grand chelem inédit des ministères régaliens, profitant de son statut de chiraquienne au professionnalisme loué. — Patrick Kovarik AFP/Archives

En héritant du Quai d'Orsay dimanche, Michèle Alliot-Marie a complété un grand chelem inédit des ministères régaliens, profitant de son statut de chiraquienne au professionnalisme loué.

Première femme à la tête d'un grand parti français - le RPR en 1999 -, MAM a conforté son statut de pionnière : après la Défense sous Jacques Chirac (2002-07) puis l'Intérieur (2007-09) et la Justice (2009-10), elle rejoint les Affaires étrangères, un poste occupé uniquement par des hommes jusque-là.

Même constat concernant la nomination de son compagnon, le député Patrick Ollier, comme ministre des Relations avec le Parlement, une situation inédite qui aurait pu lui coûter sa place. Mais, au sein des gouvernements de droite, la présidente du "Chêne" - son mouvement créé en 2006 -, semble indéracinable.

"Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy ait une grande sympathie pour MAM, qui a failli être candidate contre lui en 2007", rappelle le politologue Philippe Braud au sujet de l'ancienne maire de Saint-Jean-de-Luz.

A l'époque, elle entendait symboliser la fidélité au chiraquisme face à la "rupture" prônée par le futur président de la République.

Selon Philippe Braud, elle en perçoit aujourd'hui les dividendes.

"En la maintenant haut, (Nicolas Sarkozy) la neutralise et (...) fait tout pour éteindre la vieille rancoeur avec les chiraquiens. En cela, elle est la représentante au gouvernement d'une sensibilité que le président ne peut se permettre de négliger" dans l'optique de 2012, souligne-t-il.

Plus largement, au sein d'une droite où le choix de femmes d'expérience est restreint, Michèle Alliot-Marie, 64 ans, dont le premier poste ministériel remonte à 1993 (Jeunesse et Sports), constitue une "valeur sûre", relève François Miquet-Marty, de ViaVoice.

"Elle est sur un segment électoral qui est le noyau dur de l'électorat UMP, avec l'incarnation de valeurs qui rassurent et une dimension de compétence. Elle a une image de +pro+ de la politique, au sens noble du terme", dit-il.

Dans les meetings de l'UMP, ses interventions sont toujours chaudement applaudies, comme le relève la députée de la Marne, Catherine Vautrin.

Et malgré quelques polémiques - la dernière liée à son collaborateur David Sénat, à l'origine de fuites dans l'affaire Woerth/Bettencourt -, son parcours s'apparenterait presque à un long fleuve tranquille.

"Sa popularité est assez stable et solide", note François Miquet-Marty, qui ne trouve pas "souvenir particulier, au sein de l'opinion, de critiques sur son action ou d'éléments de désaveu majeurs".

En tant que Garde des Sceaux, elle s'est montrée disciplinée dans la gestion de la réforme de la procédure pénale, qu'elle laisse inachevée. Une discrétion qui ne l'a pas empêché de défendre son territoire face aux incursions du plus médiatique ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux.

"Elle a restauré le calme après une période assez turbulente", juge Catherine Vautrin, qui vante "son savoir-faire".

Son parcours s'avère sans coup d'éclat, comme le relevait le journaliste de France 2 Michael Darmon, dans la seule biographie consacrée à MAM, "Michèle Alliot-Marie - La grande muette", publié en 2006.

"Que sait-on au juste de celle qui se décrit comme +une simple enfant du Pays basque+, élevée dans l'univers du rugby et de la politique", s'interrogeait-il.

Cet atout est toutefois devenu un désavantage à chaque fois qu'il s'est agi d'entrer dans la course pour Matignon, comme lors du dernier remaniement.

"C'est une personnalité reconnue... mais pas suffisamment connue (médiatiquement) pour générer un sentiment de proximité", juge François Miquet-Marty.