Sarkozy enterre l'ouverture à gauche, sans fleur ni couronne

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A dix-huit mois de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a profité du remaniement pour refermer sans crier gare la parenthèse de l'ouverture à gauche, pourtant une de ses marques de fabrique, en congédiant Bernard Kouchner, Fadela Amara et Jean-Marie Bockel.
A dix-huit mois de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a profité du remaniement pour refermer sans crier gare la parenthèse de l'ouverture à gauche, pourtant une de ses marques de fabrique, en congédiant Bernard Kouchner, Fadela Amara et Jean-Marie Bockel. — Thomas Samson AFP

A dix-huit mois de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a profité du remaniement pour refermer sans crier gare la parenthèse de l'ouverture à gauche, pourtant une de ses marques de fabrique, en congédiant Bernard Kouchner, Fadela Amara et Jean-Marie Bockel.

Si ce n'est pas un avis de décès, ça y ressemble fortement. Critiquée de toutes parts, l'ouverture tant vantée depuis 2007 par le chef de l'Etat a subi dimanche un coup d'arrêt fatal, au moins au gouvernement.

Malgré une cote de popularité étonnamment résistante, l'ancien "french doctor" et ministre de la Santé de Lionel Jospin quitte le Quai d'Orsay par la petite porte. Remerciés également la secrétaire d'Etat à la Ville Fadela Amara et son ex-collègue à la Justice Jean-Marie Bockel.

Des grandes heures de l'ouverture, il ne reste plus qu'un nom, celui de Frédéric Mitterrand (Culture), qui n'a jamais adhéré au PS, et un survivant, Eric Besson, passé de l'Immigration à l'Industrie après avoir rallié l'état-major du l'UMP avec armes, bagages et formules assassines.

Dès le mois de mars, Martin Hirsch avait sonné l'hallali en prenant la tête de l'Agence du service civique, une fois son Revenu de solidarité active (RSA) sur les rails. Et avant lui, Jean-Pierre Jouyet avait préféré à son maroquin la tête de l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Sitôt élu, Nicolas Sarkozy avait pourtant fait de l'ouverture une priorité. Il s'agissait alors de faire taire ceux qui dénonçaient son côté sectaire. "Je n'ai jamais aimé les gouvernements monolithiques de droite", répétait-il en vantant les mérites d'une "République irréprochable".

Bien sûr, cette pêche aux talents de gauche a suscité quelques jalousies chez ceux qui, à droite, ont vu les postes qu'ils convoitaient leur échapper. Alors patron de l'UMP, Patrick Devedjian plaidait alors, tout en ironie, pour une "ouverture qui aille jusqu'au sarkozystes"...

Longtemps, le chef de l'Etat a fait la sourde oreille à ces critiques. Et étendu l'ouverture en proposant Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI, nommant Michel Charasse au Conseil constitutionnel et Didier Migaud à la Cour des comptes ou "missionnant" Michel Rocard et Jack Lang.

Car en plus de nourrir son image de rassembleur, cette politique lui a permis de déstabiliser durablement la gauche, contraignant même plusieurs de ses ténors, gênés, à refuser publiquement ses appels du pied.

L'an dernier, il s'était même vanté d'être le "directeur des ressources humaines" du Parti socialiste. "Strauss-Kahn à Washington! Kouchner avec nous! Jack Lang avec moi!", avait-il plastronné devant des militants UMP, "quand vous avez une formation politique qui a des talents pareils et qui choisit Martine Aubry ou Ségolène Royal..."

Mais l'hostilité d'une large majorité d'électeurs de droite, le ras-le-bol de ses élus et la défaite des régionales ont sonné la fin de l'ouverture. "Ce que nos électeurs ne comprennent pas, c'est qu'il s'entête à faire appel à des personnalités de gauche alors qu'il y a des gens très compétents chez nous", rouspétait en mars le député UMP Jacques Domergue.

Même s'il a redit au début du mois que "la France n'a pas besoin de sectarisme, d'idéologie", Nicolas Sarkozy semble cette fois avoir reçu 5 sur 5 le message de ses troupes en faisant délibérément pencher à droite son nouveau gouvernement "de combat". "2012 approche, l'ouverture est morte", résume sans s'en plaindre un cadre de la majorité.

Les centristes, principales victimes du remaniement de dimanche, et la gauche ne s'y sont pas trompés. Et tous dénoncent aujourd'hui en choeur le grand retour de "l'Etat RPR".