Diplomatie: un trio pour rehausser l'image d'une France en quête d'influence

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En dotant le Quai d'Orsay de trois ministres dont l'inusable Michèle Alliot-Marie, en lieu et place d'un ministre et d'un secrétaire d'Etat, Nicolas Sarkozy cherche à redorer l'image de la France, ternie récemment par les expulsions de Roms.
En dotant le Quai d'Orsay de trois ministres dont l'inusable Michèle Alliot-Marie, en lieu et place d'un ministre et d'un secrétaire d'Etat, Nicolas Sarkozy cherche à redorer l'image de la France, ternie récemment par les expulsions de Roms. — Francois Nacimbeni AFP/Archives

En dotant le Quai d'Orsay de trois ministres dont l'inusable Michèle Alliot-Marie, en lieu et place d'un ministre et d'un secrétaire d'Etat, Nicolas Sarkozy cherche à redorer l'image de la France, ternie récemment par les expulsions de Roms.

Ancien ministre de la Défense, de l'Intérieur et de la Justice, Michèle Alliot-Marie représentera "l'Etat avec fermeté, dignité et sérieux" même si sa marge de manoeuvre "ne sera pas énorme", a estimé Dominique Moïsi, chercheur à l'Institut français des relations internationales.

"On avait beaucoup reproché à droite la nomination de Bernard Kouchner à ce poste, en se demandant s'il incarnait vraiment l'Etat avec tout le sérieux nécessaire", a rappelé Dominique Moïsi pour qui Mme Alliot-Marie "incarne vraiment" l'Etat gaulliste.

L'ancien ambassadeur Denis Bauchard s'attend à ce que cette femme "très professionnelle" mène une "politique gaullienne" à la tête d'une diplomatie toujours en quête d'influence.

Durant ses trois années au Quai d'Orsay, Bernard Kouchner s'était trouvé tiraillé entre son engagement humanitaire et certaines orientations de la politique, par exemple à propos de l'expulsion des Roms vers la Roumanie au sujet de laquelle il avait exprimé son malaise fin août.

Au Proche-Orient, la France, qui espérait exercer une influence positive en renouant des contacts plus confiants à la fois avec la Syrie et avec Israël, n'a pas réussi de percée.

Au ministère certains diplomates reprochaient à Bernard Kouchner de défendre insuffisamment leur budget et leurs compétences, face à l'emprise croissante des conseillers du président de la République sur des dossiers clés.

Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, s'est rendu pour des missions de confiance au Maghreb, en Afrique et au Proche-Orient. Jean-David Levitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, a la haute main sur les relations avec la Chine ou les Etats-Unis.

La nomination d'un ministre délégué, Henri de Raincourt, pour gérer la coopération et les relations compliquées avec les anciennes colonies d'Afrique, vient combler un manque dénoncé par les députés. En outre, il aura le titre le ministre, alors qu'Alain Joyandet, qui a démissionné début juillet sans être remplacé, était seulement secrétaire d'Etat.

Sur le front européen, c'était le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, qui défendait les intérêts français. Laurent Wauquiez a été nommé pour le remplacer avec rang de ministre.

M. Kouchner n'était pas très mobilisé par l'Europe, selon les experts, alors que les pommes de discorde se sont multipliées avec la Commission européenne et la Haute représentante pour la politique extérieure, Catherine Ashton.

"A l'Union européenne ou dans d'autres enceintes internationales, la France a plus de poids en étant représentée par un ministre que par un simple secrétaire d'Etat", a noté une source diplomatique.

La présidence du G20 est l'occasion de rehausser l'image de la France, qui l'exerce depuis la semaine dernière. Mais sur les questions de la gouvernance mondiale, l'Elysée et le ministère de l'Economie garderont l'initiative.

Selon Dominique Moïsi, les "mêmes raisons de politique politicienne" qui avaient poussé Nicolas Sarkozy à nommer Bernard Kouchner l'ont amené à cette réorganisation. La politique politicienne l'emporte à nouveau "sur les considérations stratégiques et les visions", dit-il.