Marine Le Pen et Bruno Gollnisch s'opposent sur la stratégie politique du FN

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Entre un Bruno Gollnisch qui veut rassembler son camp avant toute chose et une Marine Le Pen qui tourne le dos "aux bras cassés" de sa mouvance, les deux candidats à la présidence du FN laissent entrevoir deux options politiques nettement différentes pour leur parti.
Entre un Bruno Gollnisch qui veut rassembler son camp avant toute chose et une Marine Le Pen qui tourne le dos "aux bras cassés" de sa mouvance, les deux candidats à la présidence du FN laissent entrevoir deux options politiques nettement différentes pour leur parti. — Francois Guillot AFP

Entre un Bruno Gollnisch qui veut rassembler son camp avant toute chose et une Marine Le Pen qui tourne le dos "aux bras cassés" de sa mouvance, les deux candidats à la présidence du FN laissent entrevoir deux options politiques nettement différentes pour leur parti.

Lors d'une "fête des patriotes" organisée samedi au domaine de Grand'Maisons, à Villepreux (Yvelines), Bruno Gollnisch s'est à nouveau posé en rassembleur de "la droite nationale" et en héraut de la "résistance" au "discours dominant", devant des centaines de partisans conquis.

Au cours d'une séance de réponses à des questions de sympathisants, il a pris des accents radicaux en évoquant le maréchal Pétain.

"Pétain avait au moins une excuse, celle d'une armée victorieuse et implacable" qui occupait le territoire, "tandis que les traîtres qui sont aujourd'hui au pouvoir, c'est en toute connaissance de cause qu'ils bradent la France, qu'ils livrent son économie, qu'ils livrent son identité à l'étranger", a-t-il lancé.

"Je ne cours pas après la dédiabolisation (...), je ne cours pas après les succès éphémères", avait-il expliqué quelques heures plus tôt lors d'un point-presse.

"Il n'est plus temps de témoigner!", lui a répondu Marine Le Pen dimanche, dans une discothèque parisienne pleine à craquer.

Surfant sur les sondages, dont certains l'ont récemment créditée de 14% à la présidentielle de 2012, et sur l'espoir de renouveau qu'elle suscite chez les militants, elle s'est située au-delà d'une stratégie de rassemblement des courants qui gravitent autour du Front national. Sans nommer son rival, elle a ironisé sur "l'ambition d'être un club de rencontres de la droite nationale", évoquant aussi les "quelques bras cassés de nos milieux".

"Je ne vous propose pas d'errer dans la plaine sans autre but que l'entre-soi", a-t-elle insisté. D'un autre côté, elle a également rejeté toute idée d'alliance avec l'UMP, en affichant le projet de "faire du Front national le pôle de rassemblement du peuple français tout entier".

Chercheur à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste de l'extrême droite, Jean-Yves Camus souligne que cette stratégie n'est pas sans danger. "Comment peut-on dire qu'on ne veut pas témoigner et écarter les alliances?", se demande-t-il.

Selon lui, Marine Le Pen dit "quelque chose de fondamental aux cadres et aux adhérents, c'est qu'ils vont y arriver", mais d'un autre côté, ces promesses risquent "d'engendrer un capital de frustration" dans l'avenir.

A deux mois du congrès de Tours (15-16 janvier 2011), le clivage entre les deux candidats semble en tout cas avoir été intégré par les militants, qui seront appelés à trancher lors d'un vote par correspondance.

"Avant toute chose, il faut rassembler notre camp", a expliqué Pierre, un partisan de Bruno Gollnisch qui n'a pas voulu donner son nom.

"Quand on s'est dédiabolisés en 2007, on a fait 10% (à la présidentielle, ndlr) pendant que Sarkozy gagnait en parlant de nettoyer les cités au Kärcher", a ajouté ce militant de 33 ans.

Mais pour Philippe, un magasinier de 44 ans rencontré le lendemain à Paris, "c'est l'efficacité politique" qui compte.

"Marine est susceptible de toucher plus de classes de gens que Bruno", a-t-il ajouté.

"Je lui fais confiance pour ne pas faire les mêmes bévues que son père sur les Juifs", a-t-il également confié, soulignant aussi la différence d'âge des deux candidats: 42 ans pour Marine Le Pen, 60 ans pour Bruno Gollnisch.