Remaniement: François Fillon, du «collaborateur» à l'«hyper-Premier ministre»

POLITIQUE Il a survécu à la menace Borloo...

Vincent Vantighem

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Démissionnaire de son poste de Premier ministre samedi soir (photo), François Fillon a été rappelé à Matignon hier matin.
Démissionnaire de son poste de Premier ministre samedi soir (photo), François Fillon a été rappelé à Matignon hier matin. — BISSON / DESSONS / JDD / SIPA

Celui que Nicolas Sarkozy qualifiait de simple « collaborateur » est devenu, dimanche, un « hyper-Premier ministre ». Démissionnaire samedi à 19 h 37, François Fillon a été nommé à Matignon, dimanche à 9 h 52, dans une mise en scène savamment orchestrée par l'Elysée. « Je m'engage avec détermination dans une nouvelle étape, a-t-il commenté dans un communiqué. Je mesure aussi la responsabilité qui m'incombe... »
Surnommé « Droopy » ou « Mister Nobody » pendant trois ans, François Fillon mesure surtout l'ampleur de sa victoire. « Sarkozy ne voulait plus de lui, résume un ministre. Mais il n'a pas pu faire autrement que de le garder. » Donné partant en juin lors de l'annonce du remaniement, l'homme de Sablé-sur-Sarthe est resté populaire aux yeux des Français et irremplaçable à ceux de ses collaborateurs. « C'est simple, si on avait voté en Conseil des ministres, il aurait recueilli 85 à 90 % des voix », lâche un ministre.
Car François Fillon incarne l'anti-sarkozysme même. « C'est vrai qu'il est plus calme et moins bling-bling, reconnaît Eric Raoult (UMP), le député de Seine-Saint-Denis. Finalement, ils sont très complémentaires avec le Président... »

Il a décidé d'assumer sa liberté
Après avoir porté la réforme des retraites à bout de bras, François Fillon ne pouvait donc plus partir. Son éviction aurait été perçue comme un excès d'autoritarisme du chef de l'Etat sur un « second » bien plus populaire que lui. « Avec Fillon, Matignon est devenu une machine de guerre, explique un conseiller ministériel. Les dossiers arrivent en flux permanent, Fillon les regarde posément. Et il rend un arbitrage toutes les vingt minutes. Sarkozy ne peut se passer de ça en vue de 2012. » François Fillon l'a compris récemment. Etouffé depuis 2007 par Claude Guéant à l'Elysée, le Premier ministre a décidé d'assumer sa liberté ces dernières semaines. Vestimentaire, d'abord, en arborant une veste à col mao lors d'une visite cet été à Brégançon ;  de ton, ensuite, en avouant que Nicolas Sarkozy n'était pas son « mentor ». « Aujourd'hui, Sarkozy l'a bien compris, commente un député de la majorité. Si on veut que ça fonctionne pour 2012, il faut qu'il laisse François Fillon être Premier ministre, voire même hyper-Premier ministre. » Le principal intéressé y croit. Lui qu'on dit orgueilleux a confié hier à des proches qu'il était « enfin fier ».