Rama Yade poussée vers la porte du gouvernement

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Rama Yade a été poussée dimanche vers la porte du gouvernement où la benjamine de l'équipe, à défaut d'un bilan, aura massacré les codes de la solidarité gouvernementale avec des déclarations fracassantes -souvent démenties- qui ont agacé Matignon et conforté sa popularité.
Rama Yade a été poussée dimanche vers la porte du gouvernement où la benjamine de l'équipe, à défaut d'un bilan, aura massacré les codes de la solidarité gouvernementale avec des déclarations fracassantes -souvent démenties- qui ont agacé Matignon et conforté sa popularité. — Franck Fife AFP/Archives

Rama Yade a été poussée dimanche vers la porte du gouvernement où la benjamine de l'équipe, à défaut d'un bilan, aura massacré les codes de la solidarité gouvernementale avec des déclarations fracassantes -souvent démenties- qui ont agacé Matignon et conforté sa popularité.

De la visite de Kadhafi à sa critique -tardive- du discours de Dakar, en passant par ses caprices électoraux, la jeune secrétaire d'Etat, 34 ans en décembre, a incarné l'anti-conformisme plus que la "diversité", aux Droits de l'homme puis aux Sports.

Née à Dakar d'un couple d'enseignants proche de Senghor, arrivée en France à onze ans, diplômée de Sciences po, administratrice du Sénat, Rama Yade a fait une entrée en politique par la grande porte à l'invitation de Nicolas Sarkozy le jour de son investiture comme candidat UMP à l'élection présidentielle en janvier 2007.

Pour chauffer le congrès UMP, porte de Versailles, l'Africaine inconnue, mariée à un socialiste, dénonce la gauche qui n'a accordé aux enfants de l'immigration que "la pitié plutôt que le respect".

Outre son brillant parcours scolaire, Rama Yade, en vraie politique, avait travaillé ses réseaux au sein des clubs du XXIe siècle, qui rassemblent une certaine élite "pour changer la représentation des Français d'origine étrangère".

Dans l'euphorie de la victoire, l'enfant de Colombes est propulsée secrétaire d'Etat sous la tutelle de Bernard Kouchner, dans le wagon de la "diversité" aux côtés de Rachida Dati et Fadela Amara.

Très vite, la jeune promue va prendre des libertés avec les usages ministériels, provoquant des recadrages venus de Matignon et une fois de l'Elysée ("Nicolas Sarkozy constate aujourd'hui sa difficulté à s'insérer dans une équipe quelle qu'elle soit", dira un proche du chef de l'Etat en novembre 2009).

Certes, elle se tait sur le coup quand Nicolas Sarkozy prononce en juillet 2007 à Dakar, sa ville natale, le discours sur "l'homme africain qui n'est jamais entré dans l'histoire".

"Qu'est-ce-que vous voulez que je fasse? Que je saute sur la tribune et que je gifle le président?", réagira-t-elle plus de trois ans après, avant de démentir, préciser, développer, expliquer...: "Je connais suffisamment le président pour savoir que son intention n'était pas de blesser".

Dès septembre 2007, elle se fait remettre en place par François Fillon après une visite à des squatteurs. "Une gaffe liée à son inexpérience", pour le Premier ministre.

En décembre, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme dénonce la visite en France du président lybien Kadhafi. L'histoire dira un jour si elle avait le feu vert de l'Elysée pour lancer cette diatribe contre le colonel reçu à l'Elysée ("La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort").

Battue aux municipales à Colombes en 2008, Rama Yade a tenu tête à deux reprises au chef de l'Etat et à l'UMP en refusant de se présenter aux Européennes en 2009, puis en choisissant de se présenter dans les Hauts-de-Seine et non dans le Val d'Oise aux régionales de 2010.

Sa cote d'amour dans l'opinion la protège, comme lorsqu'elle dénonce le coût de l'hôtel des footballeurs français discrédités par leur piteux Mondial-2010 en Afrique du Sud (où elle séjournera dans des chambres encore plus chères).

Désormais simple conseillère régionale UMP, Rama Yade n'aura-t-elle été qu'une étoile filante dans l'euphorie de la Sarkozie avide d'ouverture et de diversité en 2007? En politique avisée, elle a pris date pour 2012 avec un livre récent sur la jeunesse. Elle plaide pour un "pacte national" en faveur des jeunes.