Woerth, Yade, Amara et Kouchner: Quatre ministres qui prennent un vent

REMANIEMENT Têtes d'affiche du précédent gouvernement, ils payent leurs récents déboires médiatiques...

J. C. avec Reuters

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Poids lourd du gouvernement longtemps considéré comme premier ministrable, Eric Woerth est devenu en cinq mois, avec sa mise en cause dans l'affaire Bettencourt, un symbole encombrant pour l'Elysée, qui l'a sacrifié sur l'autel de la tentative de reconquête pour 2012.
Poids lourd du gouvernement longtemps considéré comme premier ministrable, Eric Woerth est devenu en cinq mois, avec sa mise en cause dans l'affaire Bettencourt, un symbole encombrant pour l'Elysée, qui l'a sacrifié sur l'autel de la tentative de reconquête pour 2012. — Miguel Medina AFP/Archives

Il voulait rester, il a du partir. Eric Woerth est sorti dimanche du gouvernement français après huit mois compliqués au ministère du Travail, où il a dû défendre la réforme des retraites en même tant que sa probité dans l'affaire Bettencourt.

Plombé par l’affaire Bettencourt

Il subit les conséquences de révélations sur ses présumés conflits d'intérêts qui l'ont considérablement affaibli, au point de ne plus être considéré par les syndicats comme un interlocuteur valable. Après avoir expliqué la réforme des retraites aux Français, il pourrait être amené à rendre compte devant la justice de ses relations avec l'entourage de l'héritière de L'Oréal.

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Depuis le dernier remaniement, qui consacrait une fulgurante ascension dans les sphères du pouvoir, son destin politique s'est considérablement assombri, bien que Nicolas Sarkozy ait choisi de le maintenir en place jusqu'à l'adoption de la réforme des retraites au lieu de le lâcher en pleine polémique.

Dans les manifestations contre la réforme des retraite, la figure d'Eric Woerth a été associée à celle du président sur les faux billets de 500 euros, devenant un poids pour l'exécutif. En septembre, 60% des Français réclamaient un autre ministre pour mener la réforme et l'opinion défavorable à son égard est passée de 32% en mai à 53% en novembre (Ipsos).

Rama Yade trop effrontée

Alors que sa popularité dans l'opinion semblait la rendre inamovible, Rama Yade a fini par être évincée du gouvernement après s'être mis à dos par sa liberté de ton revendiquée une partie de la majorité et l'Elysée. Rama Yade était l'une des vedettes médiatiques du gouvernement et la plus jeune ministre de la Ve République à son arrivée au secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme, en 2007. Elle a endossé la fonction de secrétaire d'Etat aux Sports deux ans plus tard.

Entrée au gouvernement au nom de la parité, du renouvellement des générations et de la diversité, elle en sort au nom de l'harmonie de la majorité et après plusieurs déclarations qui ont détonné dans le gouvernement. Aux élections européennes puis aux régionales, elle avait refusé les consignes de l'Elysée qui la voyait siéger à Strasbourg puis candidate dans le Val d'Oise - elle s'est finalement présentée dans les Hauts-de-Seine, où elle souhaite s'implanter.

Son dernier affront, qui a scellé son départ du gouvernement, remonte au mois dernier, lorsqu'elle avait critiqué le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar sur «l'homme africain».

Amara paie sa fidèlité à Borloo

Fondatrice et présidente du mouvement «Ni putes ni soumises», Fadela Amara a été éjectée dimanche du gouvernement, où elle était secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville. Issue d'une famille kabyle de onze enfants - elle a quatre soeurs et six frères - cette petite femme énergique, qui défend farouchement la laïcité, l'égalité et la mixité, paye ainsi sa fidélité à Jean-Louis Borloo, qui a quitté l'équipe de François Fillon dimanche faute d'être nommé Premier ministre.

Fin de l'ouverture avec Kouchner

Symbole de la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy en 2007, Bernard Kouchner quitte le Quai d'Orsay sans avoir réussi à marquer de son empreinte une politique étrangère de la France entièrement conçue à l'Elysée. L'ancien membre de plusieurs gouvernements socialistes, popularisé par ses combats humanitaires, s'est contenté d'en être l'exécutant, se faisant sèchement recadrer les rares fois où il tenta de marquer sa différence.

Récemment, il a exprimé son malaise à propos de la politique du gouvernement envers les Roms, déclarant qu'après avoir songé un temps à démissionner, il restait au gouvernement par souci d'«efficacité». «Qu'est-ce que ça aurait fait pour les Roms?», a-t-il dit pour se justifier.

Ses relations difficiles avec un corps diplomatique qu'il n'a pas toujours tenu en estime dans ses premières luttes humanitaires n'ont pas arrangé les choses. Selon un familier du Quai d'Orsay, il a été jusqu'à qualifier de «traîtres» des directeurs de départements du ministère, accusés de prendre leurs instructions à l'Elysée.

A 71 ans, le cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde ne cachait pas que ses jours au gouvernement étaient comptés depuis que Nicolas Sarkozy a confirmé au début de l'été qu'il procéderait à un remaniement à l'automne. Il y était entré en 2007 sous les huées de son ancienne famille socialiste, qui n'a pas eu de mots assez durs pour dénoncer l'opportunisme de cet ancien militant d'extrême gauche.