Remaniement: la course pour Matignon entre Fillon et Borloo tourne à l'aigre

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Campagne active des intéressés, commentaires acerbes et haussements de ton parmi leurs soutiens: la course pour Matignon entre François Fillon et Jean-Louis Borloo a tourné à l'aigre cette semaine et beaucoup dans la majorité trouvent que le feuilleton a assez duré.
Campagne active des intéressés, commentaires acerbes et haussements de ton parmi leurs soutiens: la course pour Matignon entre François Fillon et Jean-Louis Borloo a tourné à l'aigre cette semaine et beaucoup dans la majorité trouvent que le feuilleton a assez duré. — Patrick Kovarik AFP/Archives

Campagne active des intéressés, commentaires acerbes et haussements de ton parmi leurs soutiens: la course pour Matignon entre François Fillon et Jean-Louis Borloo a tourné à l'aigre cette semaine et beaucoup dans la majorité trouvent que le feuilleton a assez duré.

Annoncé depuis des mois, le remaniement censé inaugurer l'acte II du quinquennat de Nicolas Sarkozy est prévu pour la mi-novembre au plus tôt, selon l'entourage du chef de l'Etat. A l'Elysée on répète qu'aucune décision n'a été arrêtée sur l'identité du prochain locataire de Matignon.

Mardi, le numéro deux du gouvernement a tiré le premier en vantant dans les colonnes du Parisien le Grenelle (éprouvé à l'Environnement) comme méthode de gouvernement. La riposte du Premier ministre est venue dès le lendemain, dans un discours qui a pris les allures d'un acte de candidature à sa propre succession, et de réquisitoire en creux contre son rival.

L'animosité, déjà ancienne, entre les deux hommes désormais étalée au grand jour, le ton entre leurs plus chauds partisans s'est immédiatement durci. Alors que beaucoup à droite, notamment au Parlement, à l'image de ce cadre du parti présidentiel, se sont alarmés de voir M. Borloo "exploser au bout de trois mois" s'il était à Matignon, les centristes de la majorité présidentielle ont ouvert un front pro-Borloo contre les "snipers" de Matignon.

Jean-Christophe Lagarde, numéro deux du Nouveau Centre (allié électoral de l'UMP) a défendu le patron du Parti radical au nom de "l'ensemble des centristes": "On voit ressurgir ce qui existait du temps du RPR, et tout ce qui n’est pas de droite devient insupportable", a dit M. Lagarde.

"Ceux qui veulent réduire la majorité aux seuls gens de droite préparent des revers électoraux majeurs", avertit-il.

Vendredi, le camp Borloo affichait "calme et sérénité" et notait l'hommage appuyé du chef de l'Etat au ministre de l'Ecologie, jeudi à Troyes. Une attention qui fait suite aux propos du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, le qualifiant "d'orfèvre en matière sociale". L'argument est balayé par le numéro un de la CFDT François Chérèque, selon qui l'ancien maire de Valenciennes n'a "aucune fibre sociale".

L'acte de candidature du Premier ministre, la veille, avait rasséréné le camp Fillon, qui faisait valoir qu'une telle initiative était inimaginable sans discussion préalable avec le président.

Selon un sondage Ifop, M. Fillon a plus l'étoffe d'un homme d'Etat pour les Français que Jean-Louis Borloo (46% contre 8%).

"Mais Borloo s'en sort bien en terme de renouveau, de dynamisme, de proximité avec les Français, qui sont des critères plus pertinents pour le poste de Matignon", nuance le politologue Frédéric Dabi (Ifop).

Certains parlementaires semblent eux à bout de patience. "C'est consternant! Qu'on en sorte!", a dit le député UMP Lionnel Luca. L'attente est "interminable", s'est agacé son collègue Thierry Mariani.

"Vous avez un contact avec un ministre, vous vous dites +est-ce qu'il va être là demain?+", a déploré le sénateur Alain Gournac (UMP).

Le jeu de chaises musicales semble toutefois se préciser, avec notamment le départ du secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant pour l'Intérieur, donné comme certain par plusieurs sources gouvernementales. Le patron de l'UMP Xavier Bertrand est "partant à 80%" pour un retour au gouvernement. Celui des députés UMP Jean-François Copé est favori pour lui succéder.

Cette redistribution des rôles semble laisser les Français de marbre: selon un sondage BVA, huit sur 10 jugent que le remaniement ne changera rien.