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POLITIQUE

Retour sur ce remaniement qui n'en finit plus

Annoncé en juin et toujours pas effectué, le remaniement plombe le gouvernement...

En attendant le remaniement, 20minutes.fr revient sur son annonce, ses enjeux et ses conséquences.

Contexte et enjeux de départ: Abus et rigueur
Le remaniement ministériel a été annoncé le 30 juin, devant des députés UMP à l’Elysée, pour octobre. A l’époque, le contexte était complètement différent: l’affaire Bettencourt n’avait pas encore démarré, la contestation autour de la réforme des retraites était faible. A l’époque, le remaniement était dicté par deux impératifs: mettre de l’ordre dans le gouvernement et faire des économies. L’opinion avait en effet été choquée par les 12.000 euros de cigares que s’étaient offert, sur les deniers publics, Christian Blanc et le coup de pouce obtenu par Alain Joyandet pour le permis de construire de sa maison de campagne. Des comportements qui sont mal passés alors que François Fillon a annoncé d’énormes coupes budgétaires et un gel des dépenses de l’Etat jusqu’en 2013. Il s’agissait de montrer l’exemple. L’Elysée a même annulé sa Garden Party, au prétexte qu’il n’y a «pas de petites économies».
A l’époque, le député Yves Favennec se félicitait: «Nous avons désormais un calendrier plus précis et c'est tant mieux pour la clarté des choses.»

Premier faux départ: Christian Blanc et affaire Bettencourt
Tout simplement parce que Christian Blanc, dans le viseur de l’opinion et de ses camarades, a décidé de démissionner. Pour éviter un long lynchage jusqu’en octobre. Et que dans la panique, l’Elysée a demandé à Alain Joyandet de démissionner. L’effet sanction a été annihilé la semaine après que le remaniement a été annoncé. Et entre-temps, l’affaire Bettencourt a commencé à monter et Eric Woerth, le ministre du Travail en charge du dossier des retraites, a été dans l’œil du cyclone. Au cœur de l’été, la question était de savoir s'il «tiendrait» au gouvernement jusqu’à la rentrée et la réforme des retraites, ou si Nicolas Sarkozy aurait à l’exfiltrer et donc à procéder à un remaniement de plus ou moins grande ampleur.

Les contretemps: Calendrier et hésitation
Les députés présents à l’Elysée le 30 juin dernier ont avancé le mois d’octobre pour le remaniement, d’autres, plus prudents, ont parlé de l’automne. De fait, à la rentrée, les observateurs de la vie politique ne se mouillaient pas trop et parlaient d’un remaniement «entre le 15 septembre et le 15 novembre». Pour cause de réforme des retraites à faire passer. Or, l’examen du projet de loi a traîné, à l’Assemblée mais aussi au Sénat, du fait de la mobilisation de l’opposition, retardant d’autant l’échéance. Le texte n’est toujours pas promulgué, puisqu’il est en examen au Conseil constitutionnel. Autre excuse avancée par certains conseillers: il fallait que le budget 2011 soit voté. Désormais, c’est le calendrier international qui pourrait repousser le remaniement, avec le G20 les 11 et 12 novembre et le sommet de l’Otan les 19 et 20 novembre prochain.

Au-delà d’un calendrier chargé, Nicolas Sarkozy hésite beaucoup sur l’identité de son second Premier ministre. Il a d’abord aiguisé les ambitions en distribuant les bons points aux uns et aux autres, lancé les noms de François Baroin, Luc Chatel, Bruno Le Maire comme outsiders pour Matignon, derrière les deux «gros» candidats que sont Michèle Alliot-Marie et Jean-Louis Borloo. Fort de sa popularité, François Fillon reste également dans le jeu. Qui sera à Matignon, c’est le grand jeu qui anime les élus et les rédactions depuis le mois de juin. Usant. Aux dernières nouvelles, François Fillon a sauvé sa peau.
 
Conséquences: Lassitude, zizanie et ralentissement de l’activité
Finalement, certains analystes jugent que Nicolas Sarkozy, en annonçant un remaniement de grande ampleur en juin dernier, s’est piégé tout seul. Et que la solution qui sera choisie sera forcément mauvaise. Désormais, il faut un remaniement pour relancer un gouvernement essoré par le conflit sur les retraites, l’affaire Bettencourt et le virage sécuritaire sans donner l’impression de se renier.

L’affaire du remaniement-annoncé-qui-tarde-à-venir a plombé le gouvernement: pas un jour ne passe sans que le remaniement soit évoqué par tel ou tel ministre ou député. Certains, comme Dominique Bussereau, se lassent et annoncent eux-mêmes leur départ du gouvernement. Dans les médias, les premiers ministrables mènent plus ou moins ouvertement campagne, crachant sur les rivaux au passage, attisant les dissensions. Dans les administrations, des haut-fonctionnaires se plaignent de l’immobilisme qui règne: certains grands dossiers sont en attente car ministres et partenaires ne savent pas s’ils seront de l’aventure ministérielle dans deux semaines.

A la base, les députés UMP sont fatiqués et exhortent Nicolas Sarkozy à choisir. «Qu'on en sorte!», exhorte Lionnel Luca (UMP), en estimant que «les députés sont fatigués d'attendre». «Qu'on ait un Premier ministre, le même ou un autre, peu importe», ajoute-t-il, interrogé sur ses préférences. «De toute façon, ce sera un effet d'image qui va durer 48 heures et après tout le monde s'en fichera éperdument», dit-il. L’opposition, elle, se moque. «On dirait Santa Barbara!», raille la verte Cécile Duflot.