Remaniement: François Fillon ou Jean-Louis Borloo, qui est le meilleur?

REMANIEMENT Ce sont les deux options qui s'imposent à Nicolas Sarkozy pour Matignon...

Maud Pierron
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François Fillon et Jean-Louis Borloo, à l'Assemblée nationale, le 2 novembre 2010.
François Fillon et Jean-Louis Borloo, à l'Assemblée nationale, le 2 novembre 2010. — J. SAGET/ AFP

Le chef de l’Etat devrait trancher d’ici peu sur le choix de son futur Premier ministre. Après avoir agité plusieurs hypothèses – MAM, François Baroin, Bruno Le Maire, Luc ChatelNicolas Sarkozy semble s’être concentré sur deux scénarios: le maintien de François Fillon ou la nomination de Jean-Louis Borloo. Mais visiblement le chef de l’Etat hésite beaucoup et 20minutes.fr a décidé de l’aider à faire son choix.

La popularité: Au coude-à-coude
François Fillon:
Pour être le Premier ministre du président le plus impopulaire de la Ve République, il s’en sort très bien. Dans le dernier baromètre du JDD, Nicolas Sarkozy sombre à 29% de satisfaits, et François Fillon, qui fait son plus mauvais score dans le sillage du long conflit social, obtient tout de même 47% de satisfaits. Soit 18% de plus que l’hôte de l’Elysée. Paradoxal pour celui qui met en place la politique du chef de l’Etat.
Jean-Louis Borloo: Le ministre de l’Ecologie est très bien placé. Dans le baromètre Paris-Match d’octobre, il est à 65% d’opinions positives, en hausse de trois points. A relativiser tout de même car d’après un sondage Ifop pour le JDD de début octobre, 60% des sondés jugent qu’il ne ferait pas un bon Premier ministre. Pour certains observateurs, la popularité de Borloo est une popularité «à la Simone Veil ou à la Bernard Kouchner», forte dans l’opinion, fondée sur l’image, mais qui ne se traduit pas dans les urnes ou concrètement au niveau politique.

Image: Jean-Louis Borloo de justesse
François Fillon:
Pour beaucoup de Français, il est celui qui «subit» Nicolas Sarkozy et qui a ressuscité après les deux premières années d’hyper-présidence. L’opinion lui en sait gré. Gaulliste social, héritier de Philippe Seguin, il apparaît comme celui qui dit les choses, qui ne trahit pas la réalité, en appelant par exemple «la rigueur» par son nom, quand l’Elysée s’y refuse. Fillon est aussi celui qui freine quand Nicolas Sarkozy va un peu loin, comme lors du discours de Grenoble. Revers de la médaille: il peut apparaître comme n’assumant pas complètement la politique de Nicolas Sarkozy. Certains conseillers de l’Elysée le lui reprochent. Une résurgence de son ancien surnom: «courage fuyons!»
Jean-Louis Borloo: Ministre depuis huit ans, c’est un habitué des ors de la République. Et pourtant, les Français le trouvent proche de leurs préoccupations, ils estiment que le n°2 du gouvernement leur ressemble, comme le montre l’enquête de l’Ifop pour le JDD. Il est aussi vu comme «dynamique et bon ministre de l’Environnement». Longtemps Jean-Louis Borloo a cultivé son image populaire, avec une dégaine parfois débraillée et une coupe de cheveux en pétard… Ce qu’il a changé depuis que son nom est cité pour Matignon. Mais surtout, Jean-Louis Borloo, c’est la caution sociale du gouvernement. Il est celui qui a redressé Valenciennes, il a été ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale. Une carte de visite qui vaut son pesant de cacahuètes au moment où les Français grognent contre l’injustice de la politique gouvernementale.

La méthode: Avantage Fillon
François Fillon:
De toute manière, ce n’est pas vraiment lui qui décide, mais l’Elysée. Au moins c’est réglé. Mais pour le reste, avec François Fillon, c’est carré. Tout le monde vante sa rigueur.
Jean-Louis Borloo: Borloo est surnommé «bordeloo» en raison de son côté brouillon. Les mauvaises langues disent, en vrac, qu’il ne s’exprime pas clairement, qu’il est dilettante, ne travaille pas assez et a du mal à trancher. Ce que ses fidèles rejettent en bloc, insistant sur le fait qu’il ne pourrait pas être depuis huit ans au gouvernement s’il cumulait tous ces défauts.
Le cœur des députés UMP bat pour: François Fillon par K.O.
François Fillon:
Les députés UMP ont les yeux de Chimène pour le Premier ministre qui, lui, a toujours su les comprendre et les cajoler lorsqu’il le fallait. L’immense majorité milite pour son maintien à Matignon, relevant qu’il sait arrondir les angles de la politique de Nicolas Sarkozy, ou faire passer leur message à l’Elysée.
Jean-Louis Borloo: C’est la grosse faille de Jean-Louis Borloo. Son péché originel? L’entre-deux tours des législatives de 2007, alors qu’il était ministre de l’Economie dans le Fillon 1. Il fait une bourde sur un plateau de télé, admettant que le gouvernement travaille sur la taxe sociale. Résultat: une cinquantaine de députés UMP envoyés au tapis. Dont Alain Juppé, qui de ce fait, doit quitter son ministère de l’Ecologie. En bref, les députés UMP ne l’aiment pas et certains lui prédisent des broncas à l’Assemblée lors de ses prises de paroles. Président du Parti radical, Borloo est aussi vice-président de l’UMP: mais il n’a jamais mis les pieds à une réunion du mouvement…

Effet «fresh»: Jean-Louis Borloo par K.O.
François Fillon:
L’un des effets du remaniement, c’est d’ouvrir une nouvelle période politique, clore la précédente, qui est tumultueuse pour la droite, repartir de zéro vers de nouveaux horizons… Dans ce cas, garder François Fillon, c’est annuler cet effet. C’est plutôt le changement dans la continuité.
Jean-Louis Borloo: Sa nomination apporterait de la fraîcheur au gouvernement. Il est en tout point différent de François Fillon et permettrait à Nicolas Sarkozy d’ouvrir une nouvelle séquence plus sociale.

La stratégie pour 2012: Avantage Jean-Louis Borloo
François Fillon:
Avec Fillon à Matignon, c’est l’assurance de tenir la majorité. Un point essentiel dans la conquête d’un second mandat pour Nicolas Sarkozy. Sauf que la popularité du Premier ministre pourrait devenir gênante d’ici à 2012, le plantant en rival de Nicolas Sarkozy pour une candidature à droite.
Jean-Louis Borloo: Borloo à Matignon permettrait de mettre sur pied l’opération recentrage. Cet été, Nicolas Sarkozy s’est beaucoup déporté sur sa droite avec le discours de Grenoble mais dans l’optique de 2012, il va devoir se recentrer pour accroître ses réserves de voix. Jean-Louis Borloo peut lui ouvrir le chemin jusqu’aux électeurs centristes. Et, par la même, couper sous le pied les velléités d’un autre centriste, Hervé Morin.