Midterms américaines: La campagne a-t-elle viré raciste?

POLITIQUE Certains spots publicitaires ne font pas dans la demi-mesure...

Philippe Berry

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Photomontage de spots télévisés des midterms 2010
Photomontage de spots télévisés des midterms 2010 — DR

De notre correspondant à Los Angeles

Tremblez, citoyens américains. L'étranger rode à vos frontière, à vos portes. Il est bronzé, mal rasé, porte une casquette à l'envers ou un turban et n'a qu'une mission: piquer vos emplois, profiter de vos impôts, faire sauter vos avions ou carrément conquérir votre pays.

C'est en substance le message martelé par certains candidats (surtout républicains et soutenus par le Tea Party) dans des Etats clés. A quatre jours des midterms, l'argent coule à flot et les spots anxiogènes se déversent sur les ondes.

la championne s'appelle Sharron Angle. La candidate ultraconservatrice se lâche complètement face au patron démocrate du Sénat, Harry Reid. Trois versions de son spot «La vague» jouent à fond sur la peur de l'étranger, avec un degré de subtilité proche de 0 .

Après avoir montré de dangereux membres de gangs et des «familles qui vivent dans la peur», le message se termine par un cinglant: «Il est clair de quel côté se trouve Harry Reid. Pas du vôtre». Le vôtre, celui des bons Américains. Tous blancs dans ses vidéos, évidemment.

Le mythe des corps décapités laissés dans le désert

Interrogée par un groupe de lycéens Latinos sur l'usage de ce stéréotype, Angle a répondu: «Je crois que vous interprétez mal ces spots. Je ne suis pas sûre que ce soit des Latinos dedans. Je ne sais même pas si vous êtes Latinos. Vous m'avez l'air un peu asiatiques.» La même Sharron Angle qui agitait ici et là la menace de «corps décapités dans le désert» (mythe démonté par le Washington Post) et qui, lors du débat, soutenait que deux villes américaines avaient «instauré la Charia (loi islamique, ndr)». Elle finira simplement par dire s'être trompée et avoir cité des articles qu'elle avait lus.

Désavouée par un important sénateur républicain local, Angle persiste sur sa ligne. Quitte à se mettre l'électorat hispanique à dos (25% de la population, 15% des votants lors de la présidentielle), elle a trouvé une nouvelle stratégie, avec un spot financé par un groupe conservateur. Message aux Latinos: L'administration Obama vous a laissés tomber. Le 2 novembre, ne votez pas.»

Peur de l'islam

Sur la cote Est, les candidats exploitent surtout le projet de construction d'un centre culturel islamique.

«Après avoir conquis Jérusalem, Cordoue et Constantinople, les musulmans ont bâti des mosquées pour fêter leur victoire. Et maintenant, ils veulent construire une mosquée à Ground Zero», avertit le narrateur. La candidate Renée Ellmer, de Caroline du nord conclut: «Les terroristes n'ont pas encore gagné. Il faut leur dire dans un Anglais clair: ''Non, vous ne bâtirez pas une mosquée à Ground Zero''».

Le journaliste de CNN, Anderson Cooper, tentera bien d'expliquer à Renée Ellmer que ceux en charge du centre culturel ne sont pas des terroristes, la candidate persiste: «Ça, on n'en est pas sûrs».

Peur de la Chine

D'autres, enfin, estiment que la plus grande menace est surtout économique. Le groupe des «Citoyens contre le gaspillage», s'est fendu d'un spot malin montrant des étudiants chinois en 2030 se gaussant du déclin économique des Etats-Unis. «Maintenant, ils travaillent pour nous», conclut le professeur, avec un petit sourire maléfique digne des méchants des films de kung-fu.

Reste une question: ces spots sont-ils efficaces? Sur MSNBC, un jeune élu latino du Nevada estimait vendredi qu'au contraire, ils fédèrent l'électorat hispanique. Pourtant, Sharron Angle devance Harry Reid de quatre points dans les derniers sondages. Verdict le 2 novembre.