Inéligibilité requise contre Le Pen pour des affiches sur l'islam

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Deux mois avec sursis et un an d'inéligibilité ont été requis jeudi à Paris contre Jean-Marie Le Pen pour provocation à la haine pour avoir diffusé des affiches de campagne jugées offensantes à l'encontre des musulmans et de la population algérienne.
Deux mois avec sursis et un an d'inéligibilité ont été requis jeudi à Paris contre Jean-Marie Le Pen pour provocation à la haine pour avoir diffusé des affiches de campagne jugées offensantes à l'encontre des musulmans et de la population algérienne. — Miguel Medina AFP/Archives

Deux mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité ont été requis jeudi contre Jean-Marie Le Pen pour avoir, par des affichettes de campagne diffusées sur internet, incité à la haine envers la population musulmane et les personnes d'origine algérienne.

Le procureur, Claire Donnizaux, a également demandé au tribunal correctionnel de Paris de condamner le président du Front national à une amende de 20.000 euros.

L'affiche litigieuse avait été diffusée en février 2010, lors de la campagne des élections régionales, par le mouvement "jeunesse" du FN en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, puis sur plusieurs sites internet.

Titrée "Non à l'islamisme", elle représentait une femme intégralement voilée à côté d'une carte de France, recouverte du drapeau algérien, sur laquelle se dressaient sept minarets en forme de missiles.

Scandalisée, la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) avait alors saisi le juge des référés du tribunal de Marseille, qui avait condamné le Front national à retirer les affiches.

Dans un second temps, la Licra, soutenue par SOS Racisme et le journaliste algérien Mohamed Sifaoui, a porté l'affaire devant la justice parisienne pour provocation à la haine envers une religion.

Absent à son procès, Jean-Marie Le Pen a évoqué la question dans la matinée lors d'un débat au Centre de Formation des journalistes de Paris dont il était l'invité. "Mon avocat n'aura pas trop de mal (à me défendre, ndlr) à l'issue de la déclaration de M. Ben Laden", a-t-il ironisé.

A l'audience, Me Wallerand de Saint-Just s'est en effet saisi des récentes menaces d'Al-Qaïda contre la France. "Nous sommes aujourd'hui menacés par l'islamisme (...) Est-ce que vous allez dire, dans votre jugement, qu'on ne peut plus montrer d'opposition à l'islamisme? Faites très attention..." a mis en garde l'avocat, en s'adressant au tribunal.

Durant sa longue plaidoirie, le défenseur du FN n'a cessé de rappeler que l'affiche litigieuse disait "Non à l'islamisme" et pas à l'islam.

"C'est un procès d'intention à M. Le Pen!" s'est-il indigné, en se faisant le chantre de la religion musulmane: "Vouloir vous faire dire dans votre jugement que l'islamisme, c'est la même chose que l'islam, c'est un scandale!"

"C'est trop facile de dire qu'on ne vise pas les musulmans parce qu'on y a inscrit +islamisme+", a répliqué l'un des avocats de SOS Racisme, Me Antonin Lévy. Sur cette affiche, "est-ce qu'on voit le terrorisme, est-ce qu'on voit Al-Qaïda, est-ce qu'on voit Ben Laden? Non!"

Faux, rétorque l'avocat du FN. Selon lui, l'affiche veut "montrer que l'islamisme constitue un danger pour la France et que cet islamisme consiste notamment pour certains jeunes Français musulmans à brandir le drapeau algérien et à brûler le drapeau français", comme à Toulouse après le match Algérie-Egypte, en qualifications pour le Mondial.

Pour le Front national, a répondu Me Lévy, "l'islamisme se résume au simple fait que des jeunes après une victoire de football manifestent leur joie après la victoire de leur équipe! Pierre de Coubertin doit se retourner dans sa tombe..."

Stigmatisant "la violence" de l'affiche, dont le seul but est de "susciter un sentiment de peur et de rejet dans l'électorat français", le procureur, Claire Donnizaux, a dénoncé "l'assimilation trompeuse entre islamisme et islam". Au vu des "antécédents" judiciaires de M. Le Pen en la matière, elle a demandé au tribunal de se montrer particulièrement sévère.

Délibéré le 2 décembre.