Les bénéfices de Molex font bondir le gouvernement et les syndicats

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Christian Estrosi a annoncé mercredi avoir demandé à Renault et PSA de ne plus avoir "le moindre échange commercial" avec l'équipementier automobile américain Molex, qui refuse de financer le plan social d'une usine fermée en 2009, mais affiche un résultat record.
Christian Estrosi a annoncé mercredi avoir demandé à Renault et PSA de ne plus avoir "le moindre échange commercial" avec l'équipementier automobile américain Molex, qui refuse de financer le plan social d'une usine fermée en 2009, mais affiche un résultat record. — Lionel Bonaventure AFP/Archives

L'annonce par Molex d'un bénéfice record dont vont profiter ses actionnaires alors que l'équipementier automobile américain refuse de financer le plan social de son usine française fermée en 2009, a déclenché mercredi la colère du gouvernement français et des syndicats.

L'équipementier, basé dans l'Illinois, a vu son chiffre d'affaires bondir de 33% à 898 millions de dollars (649 millions d'euros) et son bénéfice net de 75 millions de dollars (54 millions d'euros) sur le troisième trimestre.

"Les revenus et le bénéfice par action ont atteint un record absolu en septembre", les recettes étant même supérieures à ce qu'elles étaient avant la récession, a commenté le PDG Martin Slark, cité dans un communiqué.

Une aubaine pour les actionnaires de Molex: "compte tenu de ces revenus et profits record, couplés à une organisation plus efficace qui résulte de la restructuration, nous augmentons le dividende de 14,8%", a-t-il ajouté.

La nouvelle n'a, en revanche, pas réjoui le gouvernement français qui se voit obliger de prendre en charge les sommes dues aux anciens salariés de l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) conformément au plan social que le groupe américain a cessé de financer.

Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a immédiatement appelé les constructeurs automobiles français Renault et PSA à cesser de travailler avec Molex et a, de nouveau, brandi la menace d'une plainte pour contraindre ce dernier à continuer de financer le plan social.

M. Estrosi a demandé "qu'il n'y ait plus le moindre échange commercial entre (...) nos deux constructeurs et Molex qui méprise les institutions de notre pays, le respect de leurs engagements dans le domaine social", a déclaré M. Estrosi qui avait déjà brandi les mêmes menaces il y a plus d'un an.

La vice-présidente de Molex, Ana Rodriguez, a dénoncé mercredi, dans un entretien à l'AFP, une "approche très agressive" de la France contre l'équipementier américain, après sa décision de ne pas financer jusqu'au bout le plan social de son usine française fermée en 2009.

PSA et Renault, dont l'Etat français détient 15%, ne travaillent pas directement avec Molex, qui est un sous-traitant de certains de leurs fournisseurs.

"On est très attentif au respect des lois sociales en France par nos fournisseurs et attentif à ce qu'ils tiennent leurs engagements vis à vis de leurs salariés", a déclaré une porte-parole de PSA Peugeot Citroën à l'AFP.

"Arrêter de travailler du jour au lendemain avec eux nécessiterait des investissements très lourds et un certain délai", a-t-elle ajouté.

"Renault n'a aucune activité significative en direct avec Molex", a indiqué de son côté une porte-parole du groupe.

La publication de bénéfices records a également déclenché l'ire des syndicats de Molex. "On met 300 personnes dans la +merde+ pour pouvoir rémunérer quelques actionnaires (...) C'est parfaitement +dégueulasse+", s'est emporté Guy Pavan, ancien délégué CGT de l'usine de Villemur, en apprenant les résultats de Molex.

L'équipementier américain a annoncé à la mi-octobre qu'en réponse à l'action engagée aux prud'hommes par près de 200 salariés de Villemur, il allait cesser de financer le plan social de l'usine, fermée après 11 mois de lutte et devenue le symbole d'entreprises rentables viables, mais sacrifiées sur décision étrangère au nom d'une logique financière échappant au personnel.

Dix-neuf représentants du personnel, licenciés six mois plus tard que le reste des 283 salariés de l'usine, et encore en congé de reclassement jusqu'en janvier 2011, sont les principales victimes de cette décision.

M. Estrosi, qui avait déjà pris position pour le plan social, s'est alors engagé à ce que l'Etat règle les sommes dues aux anciens salariés.