Un Jean-Louis Borloo à Matignon, combien d'avantages?

REMANIEMENT 20minutes.fr fait le point sur les raisons de promouvoir le n°2 du gouvernement à la première place...

Maud Pierron

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Jean-Louis Borloo, le 23 octobre 2010, lors d'une conférence de presse sur la pénurie de carburant en France.
Jean-Louis Borloo, le 23 octobre 2010, lors d'une conférence de presse sur la pénurie de carburant en France. — AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Borloo par ci, Borloo par là. Depuis plusieurs semaines, le ministre de l’Ecologie apparaît comme le successeur tout désigné de François Fillon à Matignon. Tout en se défendant d’y penser, il mène campagne auprès des autres ministres. Qui le lui rendent bien. Florilège. «Pour mes sujets, le meilleur c'est Borloo. Il est fédérateur, intelligent et très besogneux, contrairement à la réputation qu'on lui donne. Et surtout, il a une humanité plantée dans le coeur». Un compliment «cash» signé Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville. «Pour moi, c’est Borloo», vante son ami Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse. Claude Guéant, le bras droit de Nicolas Sarkozy, l’a déjà adoubé: «Il a pour lui deux qualités: c’est un orfèvre en matière sociale, et il a l’oreille des syndicats.» 

Mais pourquoi Jean-Louis Borloo apparaît-il comme «le» recours de Nicolas Sarkozy? 20minutes.fr fait le point avec Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop, qui a récemment travaillé sur l’image de Jean-Louis Borloo auprès des Français.

Il est populaire
Etant donnée l’impopularité actuelle de Nicolas Sarkozy, ce ne serait pas de trop. «Ce n’est pas une ressource indispensable mais elle est nécessaire vu la situation», assure Frédéric Dabi, qui rappelle que le ministre d’Etat a quelque 65% d’opinions favorables selon le dernier baromètre Paris-Match. François Fillon aussi est populaire mais son maintien à Matignon ne donnerait pas le nouvel élan, cet «acte II» avec «un plan de relance sociale» qu’appelle de ses voeux Jean-Pierre Raffarin.

Une bonne image
«Dynamique, bon ministre de l’Environnement, comprend les problèmes des gens»... Autant de qualités que reconnaissent les Français à Jean-Louis Borloo, énumère Frédéric Dabi, citant une enquête réalisée par l’Ifop pour le JDD. «Il y a une vraie proximité identificatoire. L’idée qu’il nous ressemble vraiment, qu’il est comme nous. Il limite la barrière entre les élites et les Français», analyse le directeur du Département Opinion et stratégie, soulignant que c’est un «item rare» parmi les personnalités politiques.

La caution sociale
Jean-Louis Borloo, c’est l’ancien maire de Valenciennes qui a sauvé l’usine Toyota, l’ancien ministre de l’Emploi et de la Cohésion sociale, des fonctions qui ont marqué les Français, assure Frédéric Dabi. «C’est une caution sociale. Il peut aider Nicolas Sarkozy précisément là où le bât blesse, puisque jusque-là, chacune de ses réformes est perçue avec une coloration anti-sociale», explique-t-il.

L’appât à centristes pour 2012
Président du Parti radical valoisien, l’une des nombreuses familles centristes, Jean-Louis Borloo peut permettre au chef de l’Etat d’élargir sa base en vue  de l’élection de 2012. «Il peut aider Nicolas Sarkozy dans la prochaine bataille du centre qui paraît aujourd’hui mal engagé», explique Frédéric Dabi. C’était déjà vrai avant, mais depuis le virage sécuritaire du discours de Grenoble, Nicolas Sarkozy a énormément perdu dans l’électorat centriste, composé entre autres de cadres sup, de profession libérales et de Parisiens, insiste le sondeur. «Sarkozy s’est décentré sur sa droite, il a donc laissé une place béante au centre», explique le directeur de l’Ifop. Donc Jean-Louis Borloo à Matignon, «ce serait un message adressé aux centristes». Et une réserve de voix pour le second tour de la présidentielle, une fois qu’il aura rassemblé sa base autour de lui au premier.

Une machine à tuer les autres candidats de centre droit
Stratégiquement, promouvoir le n°2 du gouvernement à la première place permettrait d’abord de tuer dans l’oeuf ses velléités (déjà faiblardes) de candidature.  Mais aussi de gêner celles qui s’annoncent: Hervé Morin, le président du Nouveau centre, voire Dominique de Villepin ou encore Dominique Strauss-Kahn, candidat putatif du PS.  «Il est un peu tôt pour le dire à un an et demi du scrutin, mais ça peut être envisagé ainsi», juge Frédéric Dabi. L’espace du centre représente «entre 18 et 20%» selon les enquêtes d’opinion, partagés désormais entre Villepin, Morin et Bayrou. «C’est un espace concurrentiel et convoité. Jean-Louis Borloo à Matignon, ça couperait l’herbe sous le pied» à ces candidats, explique Frédéric Dabi.